mardi, février 03, 2026

Le thème du "Livre des morts" : l’initiation




À la différence du "Bardo Thödol", le Livre des morts tibétain, le "Livre des morts égyptien" ne traite pas de la cessation de la vie physique et ne s’emploie nullement à décrire le franchissement du seuil de la mort corporelle. L’égyptologue Lepsius a improprement appelé « Livre des morts » cet ensemble de textes que l’on a placés, à partir de la XIXe dynastie, en compagnie des momies. Ce titre masque le vrai thème de ce recueil, qui concerne la régénération de l’âme. Les Égyptiens l’appelaient « Per horou », ce qui se traduit par « Sortie à la lumière du jour », pour signifier l’accès à la sagesse identique à la « claire lumière » du Livre des morts tibétain. "Le Livre des morts égyptien", en tant que reste d’un ancien bréviaire d’initiation aux mystères, décrit un itinéraire suivi dans ce que l’on peut appeler l’au-delà, en donnant pour objectif à l’individu concerné de prendre le dessus sur les événements et de franchir victorieusement les obstacles qu’il va y rencontrer. Le chapitre LXXII annonce clairement que la finalité première des textes n’était pas d’accompagner les momies :

"Quant à celui qui, sur la Terre, de ce volume a connaissance […] Il peut sortir au jour."

Certains égyptologues ont bien expliqué que le "Livre des morts", avec ses rites de passage et ses formules ésotériques, contenait des enseignements destinés à l’initiation de l’homme de son vivant. François Daumas, Max Guilmot, Fernand Schwarz, Christian Jacq et Grégoire Kolpaktchy (auteur de l’une des meilleures traductions du "Livre des morts") entre autres ont développé cette thèse, en centrant leur examen des textes égyptiens autour du thème essentiel de l’initiation. Plusieurs documents ou inscriptions étudiés par ces auteurs accréditent l’idée que des Égyptiens ont vécu les mystères de la résurrection durant leur vie terrestre. Thausing voyait déjà les « Textes des Sarcophages » comme des parties d’un rituel initiatique à l’usage des postulants vivants. Les plus anciens documents relatifs à des traditions initiatiques que l’on connaisse actuellement remontent aux « Textes des Pyramides », où il est déjà question de rituels et d’épreuves ainsi que d’une mythologie et d’une géographie symboliques.

Pour un candidat à l’initiation, il aurait été indigne de prendre à la lettre les allégories du récit telles que le voyage dans la barque solaire, les offrandes de nourritures aux êtres divins ou les divinités aux formes humano-animales. Pour l’élite versée dans les traditions ésotériques, ces images transmettaient une sorte de révélation destinée à les préparer de leur vivant à l’initiation. L’expression « Livre des morts » conviendrait donc parfaitement si l’on donne au mot « mort » le sens d’« initié », l’initiation consistant en effet à mourir à son moi terrestre pour connaître l’homme véritable. Plusieurs chapitres de ce recueil avertissent qu’il s’agit de mystères célébrés dans des centres initiatiques. Le chapitre CXC (p. 323) annonce : « Ce livre révèle les secrets des Demeures mystérieuses du Duat ; il sert de guide d’initiation aux Mystères du Monde inférieur. » L’âme se déclare candidate aux mystères célébrés « dans les Demeures cachées » (CXXVII, p. 225). Cette transposition de la conscience s’effectuait dans les cryptes des temples parfois désignés par les textes :

le chapitre CXIII (p. 200) cite les mystères de Nekhen (Hiérakonpolis), le chapitre VIII (p. 86) mentionne ceux de Thot à Hermopolis et le chapitre CXXIV (p. 209) évoque la parution d’Osiris à Abydos.

Le "Livre des morts" n’est pas une œuvre individuelle, mais le travail collectif du corps sacerdotal égyptien. C’est en ce sens qu’il faut comprendre qu’il aurait été écrit par Thot, qui se serait fait le porte-parole de la volonté des dieux. Dans ce rôle d’auteur, la figure de Thot désigne aussi bien le corps sacerdotal dans son ensemble que la fonction que remplit cette institution. Thot est la divinité la plus fréquemment nommée comme maître et dispensateur des mystères (CLXXXII p. 318 ; CXIV, p. 203), mais on évoque aussi d’autres maîtres des lieux, comme Seth (CXXV, p. 210). En outre, plusieurs expressions se rapportent à l’initié parvenu à l’état supra humain, comme celles de « Corps glorieux », « Esprits divins » d’Héliopolis (CXV, p. 203), « Âmes parfaites » ou « Âmes divines » de Khemenu (CXIV, p. 203). Les « Esprits divins » qui soutiennent l’adepte et guident sa progression désignent les hiérophantes, prêtres initiateurs et maîtres des mystères.

Ce n’est qu’à partir du moment où la chaîne de transmission, qui doit normalement passer d’un maître qualifié à un disciple, menace de se rompre à plus ou moins long terme que l’on envisage de conserver l’enseignement par écrit. Par ce moyen, on se ménage une possibilité de transmettre le message à l’avenir, au bénéfice des individus qui seraient aptes à le comprendre. De la même façon, les représentants d’une tradition sur le point de s’éteindre peuvent confier certaines données ésotériques à la mémoire collective. C’est ainsi que le folklore populaire a conservé, sous une forme plus ou moins voilée, ce qui pouvait être sauvé de l’oubli. Les textes funéraires égyptiens auront très bien joué ce rôle de conservation.

Le "Livre des morts" se présente comme un long monologue dans lequel le récitant raconte, en parlant à la première personne, les visions qui l’assaillent durant les différentes étapes de son voyage. Les descriptions des scènes ne doivent en aucun cas être prises à la lettre comme si elles relataient des expériences terrestres, car elles s’appliquent à un plan d’existence qui n’est pas celui du monde physique. Et l’expression de ce que perçoit une conscience supra humaine ne se communique pas aisément à une conscience ordinaire, dont elle dépasse les limites. Pour représenter ces réalités qui échappent aux sens communs, il n’existe pas d’autre moyen que de recourir à l’analogie avec les objets visibles.

Les différents tableaux doivent être considérés comme autant d’éléments d’un ensemble qui ne prend son sens que dans une dimension supérieure. Les chapitres du "Livre des morts" offrent une possibilité d’accéder à cette hauteur si l’on fait l’effort de rapprocher et de synthétiser, dans une vision générale, les perspectives qui émergent de cette suite de tableaux. Les Anciens utilisaient ce moyen indirect de rendre perceptible la dimension transcendante qui échappe au langage comme aux sens ordinaires. La contemplation d’images multiples et superposées, dont aucune prise isolément ne présente l’apparence d’une nature divine, donnait matière à un long exercice des facultés qui contribuait à cette élévation de la conscience.

À l’exception des admirables préceptes de conduite évoqués dans la déclaration d’innocence du chapitre CXXV, les textes ne se dévoilent pas à la première lecture. Pour accéder à l’esprit que cache la lettre, l’aide de commentaires permettant d’en éclaircir l’ésotérisme s’avère indispensable. La plupart des images symboliques deviennent compréhensibles dès lors qu’on leur applique la bonne clef. Par exemple, le monde de l’au-delà possède une géographie qu’il faut bien se garder de prendre pour une géographie physique transposée. Les douze régions du monde obscur, correspondant aux douze heures de la nuit, ne sont ni des endroits localisés ni des périodes temporelles effectives, mais différents états de la conscience. Les textes apportent d’ailleurs certaines indications, comme la suivante : « En vérité, mes Formes sont à présent renversées » (XIII, p. 124), pour dire que ce qui existe au-dedans de l’homme dans sa vie terrestre se retrouve au-dehors. C’est ainsi que l’homme parvenu à son accomplissement en arrive à s’identifier avec l’univers, dont la tradition enseigne qu’il est constitué à son image en tant que microcosme. On lit également dans ce sens :

"Ce qui vit en moi, je le rends manifeste Par les variations de mes formes changeantes…" (LXIV, p. 138.)

[…] Mon Âme communiant à son Âme [à Horus], Je vois ce qui advient à l’intérieur de lui." (LXXVIII, p. 159.)

Pour prendre un autre exemple, en considérant l’expression : « Je fais jaillir les sources d’eau pour purifier l’Étre-divin-au-Cœur-Arrêté [Osiris] » (I, p. 80), il faut comprendre que l’opérant irrigue et purifie en lui-même la partie centrale, assimilée à Osiris, qui demeure à l’état rigide et momifié tout comme Osiris, et qu’il s’agit de régénérer et de rappeler à la vie.

On chercherait en vain un ordre chronologique entre les chapitres du "Livre des morts" ; d’abord parce que le regroupement qui en a été tenté paraît bien approximatif, mais surtout, comme l’indique le récitant par la formule « je suis Hier et je connais Demain », parce que le recueil n’adopte pas un raisonnement linéaire. Cette formule exprime une nouvelle expérience du temps ; une conscience rénovée et détachée des mutations extérieures appréhendera les événements non plus d’une manière temporelle et linéaire, mais en remontant jusqu’à leur cause première et aux pouvoirs qui les déterminent. Ainsi s’expliquent certains phénomènes dits de prophétisme ou de prémonition, non pas par la domination inéluctable du destin sur tous les actes de la vie, mais par la faculté donnée à une conscience en éveil d’apercevoir les événements en puissance avant qu’ils ne se réalisent en actes. Si le regard parvient à englober une succession d’étapes dans une même vision générale, cette façon de voir, affranchie de la condition temporelle, fait alors coexister des images qui, sur le plan terrestre, subiraient la contrainte du temps.

La démarche de lecture doit être guidée par un regard inductif et synthétique. Dans l’esprit des Anciens, la synthèse en question n’est pas un produit final reconstruit après l’analyse, mais l’unité initiale qui préside à toutes les formes contingentes. Ainsi, l’interprétation d’un symbole ne doit-elle pas procéder, comme dans les méthodes analytiques, en isolant l’objet étudié pour le réduire à un concept rationnel, car la réalité subtile, bien qu’elle ait elle aussi son ordre et ses lois, n’est pas assujettie à la seule raison humaine. Un rationalisme strict est inapproprié pour saisir la dynamique des phénomènes décrits. Une démarche intuitive globale implique que l’on passe d’une pensée discursive à une pensée symbolique. Le message n’est accessible que pour autant que l’on réussisse à opérer la transmutation des figures, ce qui dépasse les méthodes de classement et de catalogage. Naturellement, la vérité a un prix : elle ne se révèle pas sur simple demande, mais exige de fournir un effort quotidien soutenu sans céder au découragement.

La compréhension du fait global suppose une communion avec l’esprit du texte qu’il s’agit de ressentir par une véritable sympathie. Les textes initiatiques mettent en jeu cette forme supérieure d’intelligence que l’on a appelée « intelligence du cœur » qui, à la différence du simple entendement cérébral, ne fonctionne pas sur des concepts abstraits. La véritable intelligence du cœur ne se réduit pas à une culture des sentiments car, pour les Anciens, le cœur ne désignait pas le centre de la sentimentalité, mais celui de l’intelligence sous sa forme intuitive supérieure dont l’intelligence cérébrale ne fait que refléter la lumière. Ce n’est pas la participation à l’émotivité qui importe le plus, mais la réceptivité intellectuelle procurée par une attention bienveillante. Par sa nature intuitive et réceptive, l’intelligence du cœur saisit la réalité de manière plus directe et moins conceptualisée. Mais les vérités auxquelles elle parvient à accéder sur un plan supérieur ne se laisseront pas enfermer dans un langage rationnel ; elles ne pourront être communiquées que par suggestion, en recourant essentiellement au langage des symboles. Cette faculté de compréhension supérieure est restée sous-employée dans les civilisations modernes, où l’on ne trouve plus aucune école qui enseigne les voies de la sagesse ; c’est ce qui rend si difficile la compréhension des anciens textes sacrés.

Pascal Bancourt


dimanche, février 01, 2026

Apocalypse Now



Le Nouvel Ordre Mondial est, en termes religieux, le commencement du Royaume de l’Antéchrist, fondé sur l’élimination des éléments spirituels de notre existence. Sur le plan pratique, il s’agit d’une tentative ambitieuse d’asservissement total de l’Homme.

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L’histoire a ses carrefours : ce sont des temps de grande instabilité. Dans ces périodes particulières, l’action de l’homme, celle modeste de l’homme isolé, est susceptible de changer l’ordre des choses.

Un vieux clochard erre sur les pelouses verdoyantes de Hyde Park, traînant une pancarte écornée : “La Fin du Monde est Proche”. Cela fait des années et des années qu’il hante les lieux, s’il s’agit bien du même clochard que j’avais remarqué, dans le même parc, il y a environ trente ans. Mais une horloge cassée finit par indiquer l’heure juste, tôt ou tard... et si l’heure fatidique était déjà là ?

Le pentagramme magique a été révélé et la Tour de Babel s’est effondrée, le onze septembre. Les Juifs règnent sur la Terre Sainte. Le dollar est au plus haut, mais la créativité de la Chrétienté est tarie. Ses magasins regorgent de marchandises, mais ses églises sont vides ; les dealers, les brokers et les brasseurs de fric abondent, mais il n’y a plus aucun nouvel artiste, plus aucun nouveau poète, plus aucun nouveau saint.

Inondations et sécheresses, neige en été et canicule en hiver, rivières empoisonnées et lacs asséchés nous rappellent s’il en était besoin que notre Mère, la Terre, est très, très malade. “L’Apocalypse, c’est maintenant”, ont été très nombreux à penser, très fortement, les gens, ces derniers mois. La semaine dernière, Justin Raimondo a écrit un de ces articles dont il a le secret, dans le Weekly World News, “ce magazine de caniveau, si ridiculement sinistre que personne n’avouerait le lire même en faisant la queue à la caisse d’un supermarché”, sous un titre étrangement prémonitoire : “Le Visage de Satan a été Photographié Au-dessus du Capitole !” Il y avait même une photo dégoulinante de pure malveillance : perçant de derrière un nuage sombre et menaçant, un visage effilé et sardonique, au regard dément de braise, la bouche tordue en un rictus satanique. Le Weekly cite les déclarations d’un retraité de la CIA qui a tenu à garder l’anonymat : “Cette apparition était une incarnation du terrorisme bien plus terrible que tout ce que nous avons connu jusqu’ici dans ce pays. S’agit-il d’un phénomène surnaturel ? De quelque manifestation vitale inconnue ? Est-ce - et puis, merde, tant pis, je pose la question - est-ce Satan en personne ?”

Cette impression, jadis privilège unique des personnes imaginatives et ultrasensibles - ou encore des lecteurs assidus du Weekly World News - éclabousse désormais tous les carreaux de l’échiquier social. A Moscou comme à New York, à Jérusalem comme à Bagdad, à Paris comme à Berlin, les gens, qu’ils soient religieux pratiquants ou laïques purs et durs, se saluent de la question : “Est-ce la fin du monde ?”

- “Oui”, a répondu à cette question un grand penseur américain, Immanuel Wallerstein. Mais il a pris la précaution d’ajouter une réserve prudente au titre d’un de ses ouvrages, très justement intitulé “La Fin du monde telle que nous le connaissons”. Le philosophe en est arrivé à la conclusion qu’une très longue période de l’histoire de l’Humanité est parvenue à un terme imminent et néanmoins imprévisible. Le monde que nous avons - ou que nos parents et grands-parents ont - connu est, en effet, sur le point de s’achever.

Pour Wallerstein, “le monde tel que nous le connaissons est apparu, il y a environ cinq cents ans, en Europe occidentale et c’est aux Etats-Unis qu’il a atteint son apogée. Il se caractérise par une aberration spécifique du développement humain, appelée “Progrès”. Wallerstein a refusé, courageusement, l’axiome de “l’inéluctabilité du développement positif” et a établi qu’il ne s’agissait pas nécessairement d’un progrès, mais même, le cas échéant, d’un processus régressif. En d’autres termes, ce développement est la célébration d’une tendance à la domination et à une avidité sans borne, un reniement tout à la fois de Dieu et de l’Homme.

Cette forme de développement a entraîné la grande destruction de la nature et de la société des hommes. Elle a accompli son destin en nous amenant au bord de l’abîme. Nous serions vraisemblablement parvenus depuis fort longtemps au point où nous en sommes aujourd’hui si nous étions restés sous le Talon de Fer de l’oligarchie, comme l’avait pressenti Jack London en 1910. Mais la Révolution russe de 1917 a suffisamment secoué le monde pour offrir une alternative à sa toute-puissance, écrit Wallerstein. C’est pourquoi les peuples de l’Europe occidentale et de l’Amérique du Nord ont eu la possibilité d’édifier leur société de bien-être, caractérisée par une classe moyenne prépondérante et des travailleurs plutôt satisfaits de leur sort, tandis que le Tiers-Monde se voyait accorder un répit - relatif - dans les expéditions punitives et les conquêtes coloniales dont il était auparavant la victime. Avant 1917, l’Angleterre n’avait pas hésité à bombarder la ville japonaise de Shimonoseki au simple motif de l’assassinat d’un diplomate britannique, imputé à un Japonais. Avant 1917, les disparités sociales étaient aussi importantes, dans la société européenne, que celles que l’on constate aujourd’hui dans le Tiers Monde. Mais après l’écroulement du système socialiste, c’en était terminé de ce grand répit historique.

Pour Wallerstein, nous sommes en 1914. Il est possible, bien entendu, de voir les événements mondiaux sous un angle bien différent. Avec tout le respect dû à la Révolution russe, il faut tenir compte d’un autre acteur, puissant, qui a changé de bord, sur ces entrefaites. Une nouvelle force spirituelle et sociale est apparue, au début du vingtième siècle. Dans un de mes précédents articles, j’ai appelé cette force “les Mammonites”, les adorateurs de Mammon. Ces Mammonites ont combattu les anciennes élites, partout dans le monde. En Russie, ils ont exterminé et envoyé en exil les élites russes traditionnelles. En Angleterre et en Scandinavie, les anciennes élites ont perdu leur pouvoir après l’ascension de la social-démocratie. L’Allemagne et l’Italie, quant à elles, ont vu leurs élites respectives détruites par la seconde guerre mondiale. Tant que les élites anciennes existaient encore, les Mammonites se faisaient les promoteurs de l’égalité sociale, prônant le transfert des ressources de ces anciennes élites vers le peuple en général.

C’était le temps des grands espoirs. La puissance énorme de la richesse et du réseau d’influence des Mammonites soutenait les forces favorables à l’égalité, et peu nombreux (pas assez nombreux...) furent ceux qui se posèrent la question de savoir quels étaient les plans véritables de ces puissants “grands frères”. Aussi longtemps que les banquiers, les juristes et les propriétaires de journaux de New York continuèrent à soutenir un vaste programme d’action (en apparence) humaniste, on pouvait se permettre d’ignorer leurs visées profondes.

Après la révolution manquée de 1968, les Mammonites, atteignant leur but, parvinrent à s’intégrer aux anciennes élites. Ensuite, une fois dans la place, ils grattèrent le vernis gentillet de l’égalité et des droits civiques, adoptant un programme (en apparence) nouveau : l’asservissement de l’homme, de la même manière que les bourgeois avaient su détourner à leur profit la puissance et la colère des classes inférieures qui avaient déclenché la Révolution française de 1789. Les ouvriers et les paysans français avaient alors renversé les vieilles élites aristocratiques, et les nouvelles élites bourgeoises n’avaient pas tardé à les évincer, s’emparant du pouvoir grâce au génie militaire de Napoléon. Après 1968, implacable, l’Histoire refait passer le même plat...

Les Mammonites n’ont plus besoin de la démocratie ou du ‘welfare state’ (société de bien-être ‘social-démocrate’). Ce dont ils ont besoin, aujourd’hui, c’est d’un Napoléon qui leur permette d’imposer définitivement leur pouvoir. C’est pourquoi, après le onze septembre, les forces oligarchiques s’emploient à effacer le Bill of Rights, les libertés démocratiques, la charte des Nations Unies et les accords internationaux, afin de créer un monde nouveau aux mains d’une poignée de milliardaires, avec une classe moyenne pressurée, des ouvriers paupérisés, une armée et une police pléthoriques et surpuissantes. Ils mettent tout en oeuvre afin d’émerger comme les maîtres d’une position imprenable, une fois la tempête passée. Mais cette heure, des plus sombres, est aussi un temps pour l’espoir.

Demain est dissimulé à nos yeux, pour une raison bien simple : nous sommes arrivés aujourd’hui à la grande bifurcation de l’histoire, nous dit Wallerstein, à un carrefour historique, l’un de ces instants décisifs qui n’adviennent qu’une fois au maximum au cours d’un même millénaire. Par définition, cette bifurcation s’accompagne d’instabilité. C’est le temps où l’action, même modeste, d’un homme, fût-il seul, est susceptible de changer le destin. Dans les périodes de stabilité, même des efforts énormes ne changent pas grand-chose. Durant une petite centaine d’années, les gens ont cru en une issue prédestinée et inéluctable de l’histoire : le rêve marxiste, le welfare state, le Second Règne. Ces temps de certitude sont révolus. Nous pouvons verser dans les Nouveaux Siècles d’Obscurité, dans l’une ou l’autre des mornes anti-utopies, et dans ce cas nos enfants ne nous pardonneront jamais notre passivité. Ou bien nous pouvons continuer à lutter, tout en espérant des jours meilleurs.

Une blague juive met en scène deux hommes qui ne réussissent pas à déplacer une armoire, car ils poussent et tirent, successivement, dans des directions opposées. Il est bien évident qu’il faut savoir quand, et dans quelle direction, tirer et pousser, sinon l’armoire reste là où elle est. C’est pourquoi je propose ici un mode de pensée et d’action constructif. Le bombardement par les Américains de la télévision Al-Jazira, peu après celui de la télévision serbe, est une preuve supplémentaire que les mots sont importants. Jadis, Marx a décrit l’histoire humaine comme une histoire de lutte des classes, pour la propriété des moyens de production. Je la décrirais, pour ma part, comme une guerre des idées.

Nous pouvons imaginer deux grands protagonistes, semblables, pour nous faire une idée, à ceux que l’on voit dans le Livre de Job, jouant avec des idées nouvelles sur un grand échiquier. Satan pourrait pervertir toutes les idées de Dieu ; Dieu pourrait transformer toute idée de Satan en quelque chose de merveilleux. Ainsi, l’amour pour le pays du Christ a causé les meurtrières Croisades, mais le communisme matérialiste a entraîné un grand enthousiasme libérateur. Les joueurs n’ont pas de mains, et il nous incombe, à nous, les humains, de déplacer les pièces sur l’échiquier à leur place, de faire les bons choix, d’aider Dieu à gagner la partie. Les guerriers prétentieux d’autrefois s’écriaient “Dieu est avec nous”. Humbles penseurs du présent, nous devrions simplement dire : “nous sommes avec Dieu”.

Wallerstein a déployé des efforts héroïques, incomplètement couronnés de succès, afin de décrire la fin du monde en termes matérialistes. Je ne suis pas certain que cela soit possible. Notre monde, d’une manière générale, élude ce genre de descriptions. De plus, je ne pense pas que cela soit souhaitable, pour les raisons que je vais exposer ci-après. Nous sommes conditionnés à n’admettre de raisonnement que matérialiste, et nous rejetons les explications qui en réfèrent à des forces situées sur un plan différent. Une part importante de l’aberration dans laquelle nous nous débattons découle du fait que les gens en viennent la plupart du temps à rejeter les composantes spirituelles de l’univers. Jusqu’à l’instauration de la présente Aberration, l’idée même d’un monde totalement matérialiste, explicable au moyen de lois purement matérialistes, aurait semblé étrange. La vision que l’Homme a de l’univers a varié au cours des temps et elle varie selon les lieux où il vit. Mais jamais n’aura-t-elle été aussi purement et exclusivement matérialiste.

Les anciens penseurs voyaient le monde comme à la fois spirituel et matériel, comme un continuum à plusieurs strates, dans lequel les forces du Bien et du Mal, les Vertus et les Péchés, les Nations et les Idées menaient leur existence propre et semi-indépendante. Parfois, ces forces étaient décrites comme étant des dieux, des anges, ou des démons. Le Nouveau Testament parle du Prince de ce Monde et d’autres forces maléfiques pour l’Homme. Saint Paul était conscient des dangers à venir, lorsqu’il avertissait que “notre combat n’est pas contre la chair et le sang, mais contre les pouvoirs maléfiques agissant en ce sombre bas-monde et contre les forces spirituelles du mal, dans le royaume des cieux.”

Leur vision me semble mieux adaptée à la réalité (que celle qui prévaut actuellement). Il est plus facile d’expliquer les calamités et le salut, les catastrophes et la prospérité par une interaction entre diverses Forces Supérieures, que par des facteurs purement matériels ou par les changements d’humeur du bon Dieu. Il est plus facile d’expliquer pourquoi la guerre de Troie dura plus de dix interminables années en mettant en cause les querelles mettant aux prises les Dieux pro-Troyens et les Dieux pro-Grecs, en tenant compte bien sûr de la beauté d’Hélène et d’intérêts commerciaux divergents entre les deux provinces. La Guerre froide pourrait être vue comme une lutte opposant l’Esprit Communautariste Russe au Mammon américain. Un esprit religieux peut voir, de même, dans la Troisième guerre mondiale qui s’annonce contre les peuples du Tiers-monde, un “Armageddon”.

Serge Averintsev, un penseur russe contemporain de tout premier plan, nous rappelle le paradoxe de la foi biblique et demande : “Comment Dieu, omniprésent, transcendant et spirituel (comme il est affirmé qu’il l’est) pourrait-il bénir de Sa Présence un lieu spécifique, qu’il s’agît du Saint des Saints, du ventre de Marie, du corps de Jésus fait Homme ou du pain et du vin de l’Eucharistie ?” Il fait remarquer qu’il s’agit pourtant là d’un des fondements de la foi. “Je résiderai parmi les Israélites”, dit le Dieu de l’Ancien Testament, et le même verbe est utilisé à nouveau dans les Evangiles : “Le Verbe se fit Chair et descendit parmi nous”. Averintsev nous révèle une pensée inspirée par Dieu : “Le Prince de ce Monde, c’est à dire, la force hostile à la Présence divine, s’efforce de séparer le Transcendant de l’Immanent, de refermer les portes de la Création au visage du Créateur et, ce faisant, de purifier la Nature de tout ce qui est Surnaturel. Il est secondé en cela par un allié involontaire : le rationalisme théologique zélé qui s’efforce d’éliminer toutes traces des croyances populaires ou de la pluralité ésotérique, afin d’atteindre au pur transcendantalisme”. Retenons cette idée puissante : Satan soutient (quand il ne les génère pas) les idées qui excluent la Grâce divine de notre existence.

Revenant à l’image de nos deux protagonistes penchés sur l’échiquier, nous pouvons dire : Satan gagne (Que Dieu nous vienne en aide !) dès lors que toute trace de la Présence divine est éliminée de notre monde. Toutefois, quelque chose a semble-t-il échappé à Averintsev. La nature est source d’inspiration divine et Dieu, Qui a habité sous les tentes des Israélites et dans le sein de Marie, réside aussi dans la source qui jaillit au creux du sanctuaire des montagnes des Highlands. Cela rend la tâche de Satan encore plus immense, mais il ne recule pas devant ce défi. Il a deux options : détruire la Nature, ou bien détruire la capacité de l’Homme à dialoguer avec la Nature. Mais il préfère encore recourir aux deux à la fois.

Si nous voulons comprendre les événements et ce qui en résultera, nous devons franchir un pas audacieux, un pas qu’on nous a enseigné à ne jamais franchir, sous aucun prétexte. Durant plus de cinq cents ans, la recherche scientifique et la quête spirituelle ont été séparées et nous avons été endoctrinés à les maintenir hermétiquement séparées. Cette façon admise d’envisager la réalité n’est pas l’approche dualiste du Manichéisme remise au goût du jour par les propagandistes de la Troisième Guerre mondiale Apocalyptique. Il y a de nombreux dégradés de gris entre le blanc et le noir purs d’une image par trop simplifiée. Efforçons-nous donc d’intégrer ces deux contours, immanent et transcendent, afin de tracer un portrait complet du monde dans lequel nous vivons.

Nous découvrirons, à notre grande surprise, que ces deux lignes sont parallèles, comme s’il s’agissait de deux langues différentes décrivant une même réalité. Ainsi, l’amour redécouvert, moderne, de la nature, improprement nommé “environnementalisme” ou désigné comme par un code de couleur par le (mouvement écologique) “vert”, pourrait être traduit, dans le monde chrétien, par “amour de la Vierge Marie.” Et en effet, Dostoïevski a établi l’identité entre Notre Mère la Terre avec la Mère de Dieu. La destruction de la nature pourrait alors être associée au rejet de la Vierge. Lorsqu’il évoque “toutes les traces de croyances populaires ou de pluralité ésotérique”, il fait allusion aux esprits locaux qui sont encore de nos jours révérés par la partie la moins matérialiste de l’humanité.

Le Nouvel Ordre Mondial est, en termes religieux, le commencement du Royaume de l’Antéchrist, fondé sur l’élimination des éléments spirituels de notre existence. Sur le plan pratique, il s’agit d’une tentative ambitieuse d’asservissement total de l’Homme.

Mais cela n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Tout homme est relié à ce bas monde par quatre liens : il a des racines dans le sol natal, il appartient à sa famille, à sa communauté territoriale, et à Dieu. Tant que ces liens subsistent, un homme ne peut être asservi. Ces quatre points cardinaux forment l’image ancestrale de la Croix, telle qu’elle a été tracée par les ancêtres des Palestiniens actuels sur des rochers et sur des murs. Bien avant son utilisation comme instrument de torture et d’exécution capitale, la Croix était un grand signe mystique venu des temps les plus anciens, et inaccessible au profane. Ce signe était connu de Moïse, qui avait tracé le signe de la croix sur le front des enfants de son peuple, tandis que l’ange de la mort rôdait autour de leurs maisons. On retrouve le symbole de la croix dans les couches archéologiques les plus anciennes, dans les fouilles effectuées en Palestine et en Egypte.

A l’âge chalcolithique, plus de cinq mille ans avant Jésus Christ, les anciens Palestiniens, troglodytes habitant les grottes de Tel Abu Matar, près de Beersheva, ont tracé le symbole de la croix à l’aide de petits galets blancs, dont chacun est lui-même gravé de ce même symbole. “La marque cruciforme était perçue comme un signe servant à repousser le mal et à assurer protection”, a écrit le grand archéologue Jack Finnegan. Aux temps bibliques, la croix était appelée “tau”. Les Grecs l’appelèrent, eux, “xhi”. Le Roi David traçait le signe de la Croix (Tau) lorsqu’il était en danger. Le Prophète Ezekiel promit le salut aux hommes bons qui se lamenteraient des injustices commises (par Sharon et Olmert ?) à Jérusalem. Ces hommes pieux auraient le front marqué du signe salvateur de la Croix (ceci est encore pratiqué de nos jours par les Chrétiens d’Egypte et d’Ethiopie).

Les Esséniens des Evangiles de Damas citaient ces propos d’Ezekiel, car apparemment ils connaissaient ce “signe de protection, de délivrance et de salut”. Cela était compris des Pères de l’Eglise, Origène et Tertullien, qui pouvaient interroger à ce sujet leurs contemporains en Palestine. Les prêtres du Temple de Jérusalem étaient consacrés au moyen de croix tracées sur leur front avec une huile d’olive particulièrement pure, comme si le nom du Christ, symbolisé par son initiale grecque “Khi” était ainsi inscrit sur leur personne. Le choix de la Croix pour la mise à mort du Christ était, dès lors, chargé de sens : ses ennemis voulaient discréditer et mettre en doute l’idée même du salut. Mais les disciples du Christ relevèrent le défi et firent de ce signe secret un symbole public. Ils le tracèrent sur leurs fronts : “C’est une tradition reçue des Apôtres”, dirent les Chrétiens palestiniens, d’origine juive, à Basile de Césarée, en l’an 375. Les gnostiques retinrent cette information dans leurs textes.

La signification spirituelle de la Croix, nous l’avons dit, était la symbolisation des quatre attachements fondamentaux qui caractérisent l’Homme. Un homme est lié à la terre, à sa famille, à son peuple et à Dieu. Aussi longtemps qu’un homme conserve ne serait-ce qu’un seul de ces liens, il ne peut être totalement suborné, totalement corrompu, totalement asservi. Mais l’homme a besoin des quatre attachements, et dans un équilibre convenable. S’il s’occupe de sa famille au point de négliger sa communauté ; s’il aime Dieu mais néglige sa terre, et vice versa, il sera damné, à long terme.

Les nouveaux suppôts du vieux paradigme de la domination aspirent à accomplir l’œuvre de Satan et à priver le monde où nous vivons de la Présence Divine. C’est pourquoi ils combattent la Foi, ils détruisent la Nature, ils déracinent l’Homme en brisant ses liens territoriaux, sociaux et familiaux. Ils accomplissent cette œuvre destructrice partout, du Vermont à l’Afghanistan. Mais la Palestine représente le projet-pilote pour le nouvel ordre mondial (qu’ils veulent instaurer), comme l’Espagne, en 1936, était le projet pilote pour l’instauration du fascisme montant.

Ils font cela en Terre Sainte pour une bonne raison, qui est que le peuple palestinien est profondément enraciné dans son sol et que ses enfants sont les témoins quotidiens (de la présence) de Dieu. La Sainteté de cette terre n’est pas le résultat d’une coïncidence historique. Elle est un trait de son paysage unique et de son peuple. C’est au pied de cette colline, auprès de cette source, sous ce vieil arbre (et nulle part ailleurs) que les héros palestiniens Abraham, David et Jésus ont fait Un avec Dieu. Les villages des hauts plateaux de la Palestine sont les mouillages de l’espèce humaine : sans ces points d’ancrage, nous serons précipités sur les récifs et nous nous y fracasserons.

Les hommes luttent contre le déracinement, mais leurs défenses sont souvent mal conçues et erronées. Le nationalisme moderne est un mécanisme de défense contre le déracinement, mais ce bouclier est aberrant. Lorsque le vrai attachement, fait d’amour pour sa propre communauté humaine et son terroir, a disparu, lui est substituée la fiction chimérique d’une nation. Le nationalisme allemand nous en fournit un bon cas d’étude.

Tant que la société germanique a su conserver ses racines, les Allemands aimaient leurs villes et leurs villages, leurs petits royaumes et leurs duchés. Ils écoutaient Beethoven et Bach, ils dégustaient leurs “wurst mit sauerkraut” (saucisses-choucroute), ils avaient un esprit de clocher bienveillant et bon enfant. Une fois ce tissu sociétal endommagé, les Allemands choisirent malencontreusement le fantasme du patriotisme germanique comme baume apaisant. Le peintre viennois du nom d’Aldolf Hitler était un immigré, déraciné en Allemagne, un homme qui avait coupé les liens avec son pays natal et sa communauté d’origine, avec sa famille et avec son Eglise. Pire, il n’avait pas conscience de son énorme préjudice. Son amour pour l’Allemagne et pour le peuple allemand excluait le paysage, le sol de l’Allemagne, ne les prenant en aucune manière en considération. C’est pourquoi il rêva de conquérir l’Europe orientale et la Russie, de façon à créer sur ces terres un nouvel Empire de la Race des Seigneurs Aryens, tout comme les Anglo-saxons avaient créé les Etats-Unis sur les terres des natifs Américains. Il ne comprit pas que les Allemands arrachés au sol Allemand perdraient toutes les qualités qu’il admirait sans doute sincèrement. Pour un peuple, l’expansion à l’extérieur de son paysage naturel est une aventure mortelle.

Ses idées nationalistes, Hitler les avait empruntées à l’arsenal intellectuel de la pensée juive. L’idée de la supériorité raciale, de la Race des Seigneurs et de son inverse, le sous-homme “Untermench”, pouvaient être trouvée facilement dans plus d’un enseignement exalté de la religion juive. Le génocide est autorisé - que dis-je : ordonné - par l’Ancien Testament, et le commandement “Tu extermineras la nation d’Amalech” porte encore aujourd’hui le numéro 604 dans la liste des 613 commandements du judaïsme orthodoxe. Récemment, le rabbin orthodoxe de l’Université Bar Ilan a publié un traité concis intitulé le Commandement du Génocide dans la Torah, dans lequel il explicite et élève le concept de génocide au rang d’un commandement positif pour les croyants. (Nous n’entrerons pas ici dans la question toute autre de la praxis, de la mise en application concrète des théories). Comme bien des plagiaires, Hitler n’a pas vu une différence fondamentale entre lui même et ceux qu’il copiait. Les Juifs appartiennent à un groupe non-territorial, tandis que les Allemands ont été formés par leur territoire, sur lequel leur civilisation est fondée. Un peuple attaché à son territoire n’a aucun motif à s’étendre au-delà des limites naturelles de celui-ci. Bien plus, il ne peut exister en dehors de ces limites. La preuve en a été apportée par les descendants des Allemands émigrés en Pennsylvanie et ailleurs aux Etats-Unis : ils ont perdu leur ethnicité et sont devenus des Américains. On peut comprendre l’erreur commise par Hitler. Il était horrifié par le succès des Juifs, par « l’ascension des Juifs », alors il a décidé de singer la stratégie juive. Son boycott des commerces et des entreprises juives était une reprise du boycott des entreprises des Gentils et des employés Gentils, pratiqué par les Juifs sionistes, dans la Palestine de l’époque. Son idée d’expulsion massive des Juifs copiait le concept du transfert des Palestiniens, tel que les sionistes l’avaient prôné continûment depuis Théodore Herzel, et qu’ils ont fini par mettre en pratique en 1948.

Un psychanalyste américain, Kevin McDonald, a décrit ainsi la doctrine nazie : “c’est l’image inversée, comme reflétée dans un miroir, de la stratégie juive” et, par tant, la plus grande menace contre les Juifs. Il avait prédit qu’à l’avenir, les Gentils, européens et américains, inquiets de “l’ascension des Juifs”, “imiteraient certains aspects du Judaïsme en recourant à des idéologies et à des organisations sociales collectivistes et opportunistes ”. McDonald ne croyait pas si bien dire lorsqu’il affirmait que “cela représentera un grand impact du Judaïsme en tant que stratégie évolutive de groupe sur le développement des nations occidentales”. Sa conclusion est pessimiste : la stratégie juive est vouée au succès, qu’elle soit développée par les Juifs eux-mêmes, ou par les nations dont ils sont les hôtes.

Pour un suprématiste blanc, cette conclusion est une invitation à mettre en pratique la stratégie juive au profit des nations-hôtes. Pour un suprématiste juif, en revanche, la stratégie juive ne doit être mise en application que par les seuls Juifs, et à leur seul profit. Mais pour nous, qui sommes anti-racistes, la stratégie juive est mauvaise en soi, qu’elle soit mise en application par des Allemands, des Juifs ou des WASPs (“élite” bourgeoisie blanche urbaine protestante américaine ~ les bo-bos parisiens). En effet, la possibilité d’une réponse totalement différente, non-juive, existe. Alors que copier servilement la stratégie d’autrui est autodestructeur, d’autres stratégies, basées sur des concepts (intrinsèquement) non-judaïques de territorialité et de contenu local sont possibles. Un Anglais totalement enraciné (dans son ambitus) n’a aucun besoin du nationalisme anglais, puisqu’aussi bien, l’Angleterre, pour ainsi dire, il la respire. Il est en quelque sorte un récipient plein de richesse/satisfaction locale, où il n’y a plus aucune place pour le placebo de l’”anglitude”. Lorsqu’en revanche un Anglais ressent avoir perdu une partie de ses liens, il s’efforce de compenser (cette perte) en chérissant l’idée d’une Angleterre idéalisée. Le nationalisme pousse sur les décombres des enracinements locaux. Lorsque les liens qu’un homme peut avoir avec la Toscane, le Kent ou la Bourgogne se distendent, cet homme a besoin d’y substituer les ersatz que sont l’Italiiiie, la Fraaaance, l’Angleteeerre. En bout de course, le nationalisme se mue en chauvinisme et finit par oublier tout-à-fait sa propre inscription locale.

Les super-patriotes que sont les Américains néoconservateurs sont totalement exempts de réel attachement/contenu national américain. Leur agitation chauviniste des “stars and stripes” est un succédané d’amour de l’Amérique réelle et des vrais Américains. Ils soutiennent une immigration illimitée aux Etats-Unis, le cadet de leur souci étant ce qu’en pensent leurs supposés “compatriotes” (d’ailleurs, si, pour eux, ces derniers existaient, penseraient-ils ?) Ils ne se soucient pas plus du reste de l’humanité, d’ailleurs, ce qui fait qu’ils vitrifieraient volontiers l’Irak, patrie d’Abraham, pour les beaux yeux d’Israël. Les gens à juste titre horrifiés par l’agressivité cyclopéenne de cette secte sont les victimes désignées (à leur insu) d’un programme politique anti-national, universaliste et cosmopolite. Est-il Dieu possible que nous soyons condamnés de la sorte à n’avoir le choix qu’entre l’anonymat et le chauvinisme ?

Non, il y a une réelle alternative à ces deux maladies, le Scylla du nationalisme, et la Charybde de l’absence universelle de racines : l’amour de sa propre région, de son propre village. L’amour de Faulkner pour Yoknapatawpha et celui de Barth pour le Maryland, l’obsession de Joyce pour Dublin, la passion de Romain Rolland pour la Bourgogne, le monde florentinocentriste de Dante et de Botticelli, nous donnent la clé de la nature humaine universelle. En effet, le contenu/enracinement local existe dans la réalité, il est l’exact opposé des généralisations abstraites.

Les dirigeants sionistes, avec leurs sophismes à quatre francs six sous, avaient l’habitude de clamer « qu’il n’y a pas de peuple palestinien ». Comme n’importe quel sophiste, ils disaient une partie de la vérité, mais certainement pas toute la vérité. L’attachement local des Palestiniens était si riche qu’ils n’avaient strictement rien à faire du nationalisme, propre à l’homme déraciné. Les Palestiniens appartiennent à leurs villages. Pour eux, leurs Jifna, Taïbé, Nazareth ou Bar’am... sont absolument irremplaçables. Nous pourrons nous faire une représentation de cette notion en nous souvenant de cette plaque, apposée sur la Croix : “Jésus de Nazareth”.

C’est là une des nombreuses choses que les Palestiniens ont à nous apprendre. L’amour de nos communautés territoriales, de nos villages, de nos villes et bien entendu de leurs habitants, en lieu et place d’on ne sait quelle idéalisation glorieuse de notre Nation et de notre Etat... Dans le contexte américain, cela signifie donner la prépondérance aux droits des Etats et non au pouvoir fédéral, la primauté aux autorités du comté sur celles de l’Etat, subventionner les villages avant de subventionner le comté. On a de bonnes choses à copier sur les Suisses : il est impossible d’immigrer en Suisse avant d’avoir été accepté par une communauté territoriale, à quelque niveau qu’elle se situe. C’est justice : si une poignée de libéraux et de néoconservateurs richissimes sont favorables à l’immigration, qu’on les oblige à accueillir les immigrés dans leurs quartiers chics et à les intégrer en voisins. Gageons que cette mesure mettrait un terme immédiat et quasi total à l’immigration...

La valeur locale est réelle, par opposition à l’abstraction de la nation. Elle assure, de plus, une protection sûre contre la peste aliénante et réductrice de la mondialisation. Je suis d’accord avec les critiques du nationalisme et de l’Etat nation : le nationalisme a lamentablement échoué partout dans le monde, de l’Italie au Japon, de la Serbie en Israël. Cette invention du dix-neuvième siècle a entraîné des fleuves de sang versé, créé des structures quasi-maffieuses, opprimé les liberté et suscité les haines. Mais quelle alternative ? S’agit-il du super-état mammonite qui s’élève aujourd’hui sur les ruines de la Pax Americana ? Du plagiat de la stratégie juive propre à des groupes nationaux déracinés dans une société multiculturelle ? Non. L’alternative se trouve dans le caractère unique de nos villages et de nos cités. Le pouvoir devrait être dévolu de plus en plus près du terrain, vers le niveau des communautés locales. A ce niveau, il n’y aura jamais place pour la bureaucratie et la “démocratie” manipulatrice. Cela sauvera les gens comme vous et moi de la dictature des experts rusés et des gros bonnets opulents. Nous devrions apprendre auprès de nos frères palestiniens à aimer nos villages et nos villes, à les rendre aussi uniques que le sont Jifna et Florence. Personne ne saurait être un authentique patriote attaché à sa terre s’il n’aime d’abord et avant toute autre chose sa propre ville. Ce n’est pas un hasard, si Ulysse soupire après son Ithaque natale, et non pas après la Grèce en sa totalité...

Nombreux sont les gens de bien à rejeter le sionisme et à le comparer aux mouvements prônant la colonisation de peuplement ou avec le national-socialisme allemand. Il est vrai que l’action du sionisme a abouti à défigurer l’aimable paysage de la Palestine et qu’il a servi de puissant instrument de concentration du pouvoir entre les mains des dirigeants juifs suprématistes, en Amérique et ailleurs. Toutefois, le sionisme avait ses raisons propres qui ne sauraient, hélas, être explicitées en notre ère du Politiquement Correct. Mais courage : osons. Et disons quelles sont ces raisons. Le sionisme et l’antisémitisme ne se sont pas contentés de se renforcer mutuellement et de se nourrir l’un de l’autre, comme les antisionistes aiment à le rappeler à juste titre. Les premiers sionistes pensaient que certaines qualités propres aux Juifs étaient détestables et que, par tant, il fallait éradiquer ces “tares”. De préférence en transplantant les Juifs dans les environnements hostiles de la Palestine ou de l’Ouganda. Les sionistes appelaient la mentalité juive traditionnelle “Galutiyut” (mentalité “diasporique”), mais la vision qu’ils avaient de celle-ci ne différait en rien de celle que s’en formaient les antisémites.

Récemment, le Juif antisioniste (et avisé) Lenni Brenner, a commenté une lettre de Chaim Weizmann, écrite en 1914. Weizmann, dirigeant sioniste et futur premier Président de la république d’Israël, venait d’avoir une conversation décisive avec Lord Balfour (oui, le Balfour de la fameuse déclaration...) et celui-ci lui avait confié qu’il “partageait beaucoup des idées développées par les antisémites”... Weizmann lui fit savoir que les sionistes étaient “d’accord, eux aussi, avec les antisémites “culturels”“... Brenner conclut, triomphant : “en anglais de tous les jours, et non plus diplomatique, il ne restait plus à Balfour qu’à remercier Weizmann pour l’approbation qu’il venait de lui manifester à propos de son antisémitisme...”

Cela semblera peut-être étrange à de jeunes lecteurs accoutumés à la littérature juive adulatrice, mais les premiers sionistes étaient très durs avec les Juifs de leur temps. Pour eux, la pléthore d’avocats, de pornographes, de changeurs de monnaie, d’activistes des lobbies les plus divers, de banquiers, de magnats de la presse, de gros bonnets de l’immobilier, de journalistes libéraux... juifs était “un phénomène indésirable et démoralisant”, pour reprendre la version soft d’un Weizmann, voire “le dépotoir de la planète”, pour reprendre le langage fleuri d’un David Ben Gourion. Le sionisme faisait sien le fonds de commerce de l’antisémitisme, (mais) pour en proposer le remède : une rééducation “façon Mao (Tsé-Toung)”, dans un paysage isolé et relégué.

Toutefois, l’Histoire en a décidé différemment. La Galutiyut, la Judéïté (de la Diaspora) finit par s’avérer porteuse d’une stratégie gagnante pour l’Occident adorateur de Mammon. Les avocats et les magnats de la presse mentionnés plus haut ont captivé l’esprit de l’Amérique et sont devenus des modèles à imiter pour beaucoup d’Américains, Juifs comme Gentils. Le sionisme israélien a perdu son esprit originel, dégradé qu’il est en totalitarisme militaire ne survivant plus que sur les subsides prodigués par une Amérique hypnotisée. Mais cela ne signifie pas que les diatribes “antisémites” des premiers sionistes étaient entièrement dépourvues de fondement : le succès à l’échelle mondiale ne saurait être, en effet, le nec plus ultra, l’unique aune à laquelle devrait être mesurée toute chose.

Un des traits de la mentalité juive de la diaspora était particulièrement étrange et unique en son genre. Lorsque des enfants de bonnes familles juives russes fin-de siècle (le dix-neuvième) quittèrent la vie douillette de leurs communautés juives pour s’intégrer au monde des Gentils, ils prirent (soudain) conscience d’un élément tragique de l’existence des Juifs : leur divorce quasi-total d’avec la Nature. Les Juifs ne s’intéressaient absolument pas à la nature, ils ne la décrivaient jamais dans leur poésie ou dans leur prose, ils ne la peignaient pas, ils n’avaient aucun lien avec elle ; ils n’apportaient aucun intérêt au paysage, en dehors de leur schtetl. Des jeunes hommes et des jeunes femmes pensèrent que cela devait changer, à l’avenir, et qu’on allait voir ce qu’on allait voir. Certains d’entre eux allèrent en Argentine, où le Baron Hirsch essaya de créer un attachement des Juifs à la terre. D’autres établirent des colonies en Crimée, ou en Palestine.

Ils avaient l’intention de se débarrasser de leur judéité. Ils se moquaient bien du nom qu’on leur donnerait (bon, d’accord, il y en a eu quelques-uns, qui demandèrent à être appelés qui Israéliens, qui Hébreux, qui Canaanites). Non, ce qui les préoccupait au plus haut point, c’était les particularités “du Juif”, dont ils voulaient se débarrasser coûte que coûte, et se réconcilier avec la Nature. N’étant pas sionistes de stricte obédience, nous nous autoriserons à signaler que certaines personnes d’origine juive ont parfaitement réussi à se défaire de ces particularités sans pour autant aller vivre en Palestine (peut-être ces personnes seraient-elles qualifiées plus exactement de “descendants de Juifs”, plutôt que de “Juifs” elles-mêmes). La majorité des Juifs israéliens ont échoué de la belle manière à s’enraciner dans le territoire de la Palestine, chose qui était difficilement réalisable sans fusionner avec la population locale.

La raison du divorce des Juifs d’avec la Nature a été expliquée au moyen de différentes théories, qui toutes convergent vers un même constat, par un historiographe russe, le “Toynbee russe”, Lev Gumilev. Il appelle “ethnos” un groupe humain attaché à son cadre de vie. Une ethnie, par conséquent, ne saurait exister en l’absence d’une niche écologique qui lui soit propre. Gumilev a défini les Juifs (“les Juifs de la diaspora non reconstruite”, dirait un sioniste), comme le peuple d’un ambitus anthropogénique (façonné par l’homme). C’est ce qui explique pourquoi il est extrêmement facile, pour un Juif, de changer de cadre de vie : il ignore la nature, et l’on sait que les villes modernes sont toutes identiques les unes aux autres. C’est pourquoi un Juif jouit d’un avantage précieux dans la lutte pour la vie : alors que la mentalité anglaise, pour prendre un exemple, renvoie aux compétences indispensables pour vivre dans l’environnement propre aux Iles britanniques (façonné dans une grande mesure par la rigueur des éléments), la mentalité juive est admirablement adaptée, de manière, pourrait-on dire, anticipatrice, à un environnement façonné par l’homme.

Gumilev théorise la dichotomie Juifs vs Gentils en une autre : ethnie de paysage anthropogénique vs ethnie(s) d’écosystème(s) naturel(s). Cette opposition pertinente ne coïncide pas avec l’opposition pertinente ville/village, un citadin pouvant être considéré partie constituante du paysage de sa ville. Ce genre d’hommes vivent dans de vieilles cités magnifiques, telles Florence ou Oxford, Jérusalem ou La Mekke, Suzdal’ ou Leon. Ces cités ont grandi, telles des fleurs rares, dans leur cadre naturel. Elles ont créé des merveilles artistiques, érigé des cathédrales et des mosquées ; elles sont à la fois uniques, locales et universelles. Il y a aussi place, parmi elles, pour les grandes métropoles du monde, Paris, Londres, New York, Bombay, Shanghaï : ce sont les lieux de rendez-vous des civilisations. Toutefois, les villes modernes entièrement créées par l’homme, telles Milton Keynes, Luton, St-Denis (Canada), la ceinture de la banlieue de New Jersey, nos Holon et Afula (à nous, Israéliens), sont sans personnalité, toutes semblables les unes aux autres, dépourvues de la moindre trace de culture.

Un ethnos réussit dans sa propre niche écologique. Dans une niche écologique étrangère, il échoue. Afin de l’emporter, dans la compétition avec d’autres groupes ethniques, un ethnos essaie de s’adapter à l’environnement ou, à l’inverse, d’adapter l’environnement à ses besoins. Nous pouvons observer le même phénomène lorsque nous essayons de pêcher un gros poisson : en se débattant, il essaiera de tirer le pêcheur dans son propre environnement - l’eau - car il pense, à bon escient, que c’est dans cet environnement naturel qu’il est susceptible d’avoir le dessus. Le pêcheur, à l’inverse, essaie de tirer le poisson dans son propre environnement - le plancher des vaches - où il est certain de l’emporter (en asphyxiant son adversaire).

C’est la raison pour laquelle les Juifs (de la diaspora) sont enclins à détruire le paysage naturel qui leur est par essence étranger (pour eux, non pour les autres) et à le remplacer par un paysage créé par l’homme, dans lequel ils savent comment développer leur stratégie. Il s’agit d’une disposition aussi instinctive que celle qui dicte au poisson de tirer le pêcheur à l’eau. Un exemple d’une stratégie de cette nature est fourni par la dynastie juive canadienne des Reichmann.

Cette famille de pieux Juifs orthodoxes était active dans l’immobilier au Canada, en Angleterre et ailleurs dans le monde. Ils avaient immigré au Canada depuis l’Autriche, durant les années noires du pouvoir d’Hitler, et, dans les années quatre-vingt, leurs avoirs étaient estimés à 40 milliards de dollars. Les Reichmann ont inventé le centre commercial (shopping mall), un pattern de design urbanistique qui a changé la vie des gens partout sur la planète. Les centres commerciaux ont miné des centres villes jadis socialement intégrés, décimé les petits commerces traditionnels, dévasté les artisanats, servi de support aux publicités pour les marques, pour le plus grand profit des grandes compagnies, encouragé les achats d’automobiles, la vie dans les banlieues lointaines et la désintégration sociale qui en a résulté.

Les centres commerciaux ont évincé les avantages naturels des produits et des producteurs locaux, au profit de produits importés ou fabriqués par des entreprises hyperconcentrées, étant donné que dans ces “shopping malls”, il n’y a ni boutique ni boutiquier traditionnels, ni artisanat appuyé sur la maîtrise d’un métier acquis au cours de toute une existence.

Les “malls” ont rendu les Reichmanns immensément riches, et les Canadiens ont l’habitude de dire : “il y a les riches, il y a les super-riches, et puis... il y a les Reichmann.” Ils ont financé diverses associations caritatives juives et des projets en Israël, claqué un fric monstrueux pour l’immigration russe en Israël (vous vous rappelez : l’immigration des “Juifs” russes... ?). Mais ils ont fait plus de mal que de bien à la société israélienne naissante. Leurs centres commerciaux ont dévasté Tel Aviv et Jérusalem Ouest, les acheteurs relativement aisés y prenant leurs habitudes, désertant les boutiques locales, puis les cafés et autres lieux de rencontre, qui finirent par perdre toute clientèle. La société israélienne, naguère relativement cohérente, s’est désintégrée, ne formant plus qu’une juxtaposition hétérogène de groupes divers. Les enfants d’immigrants, avec leur lien plus que balbutiant et vague au paysage, ne jouent désormais plus sur les pentes des collines de Judée : ils tuent l’ennui en glandouillant dans les centres commerciaux, s’imprégnant d’un paysage urbain entièrement artificiel et n’ont plus que le “shopping” (on parlerait plus proprement de lèche-vitrine) en guise de distraction. Les enfants des centres commerciaux peuvent passer sans anicroche d’un mall à Jérusalem à un autre mall identique à Toronto : ils y retrouveront exactement les mêmes fringues de marque, dans des centres commerciaux bâtis par exactement les mêmes Reichmann... C’est pourquoi l’inclination naturelle des Juifs de la diaspora a réussi à miner tout aussi bien l’utopie sioniste que la vie sociale et les traditions, dans maint pays, de par le vaste monde.

Un Mall, ça ne pousse pas comme un champignon dans quelque terrain vague. Les clients des futurs malls ont grandi dans des blocs d’habitation standardisés, construits après la Seconde guerre mondiale. Inspirés par les Gropius, Le Corbusier, Niemeyer, ils sont basiquement les mêmes dans le monde entier, jusques et y compris à Novossibirsk, ma ville natale. Ces blocs d’habitation nous ont placés, tous autant que nous sommes, dans un environnement artificiel, coupé de tout contenu/valeur locale, de toute tradition nationale et de tout environnement naturel. Les villes sans caractère, reconstruites après les énormes destructions de la guerre, sont particulièrement déprimantes. Mais même des villes indemnes des folies guerrières ont bien souvent été ruinées par la tendance “moderniste”.

Les Suédois ont invité chez eux Oscar Niemeyer, fils d’un immigré brésilien, disciple de Lucio Costa et de Gregory Warszawchik, afin qu’il contribue à l’embellissement de Stockholm. Il proposa de démolir le centre médiéval de Gamla Stan, la Vieille Ville, et de construire à la place un alignement impeccable de blocs cubiques... Ce projet fut (heureusement) écarté. Mais, comme “compensation”, on lui permit de raser le quartier central d’Hotorget, avec ses belles demeures du dix-neuvième siècle, qu’il eut la joie de remplacer par ses obsessionnelles boîtes à chaussures. Ce sont les mêmes blocs de béton qui ont été construits (je devrais écrire “posés”) sur le site du magnifique quartier dix-huitième siècle de l’Arbat, à Moscou. Un ami de l’Union soviétique, Niemeyer, est à l’origine de gigantesques programmes de construction de HLM dans la Russie post-stalinienne, qui ont fait de millions de Russes des hommes façonnés par un paysage artificiel.

Un jour, j’ai accompagné la directrice d’une chaîne de télévision russe, une belle jeune femme de Moscou, dans une excursion dans l’oued de Ein Jedi, l’un des lieux les plus charmants et délicieux de toute la Palestine, avec ses cascades et ses bouquetins sauvages, sa végétation luxuriante et ses petites vasques naturelles. “Ouff... qu’attendez-vous pour construire une réplique de ce canyon dans la piscine d’un hôtel d’Eilat ?”, se plaignit-elle, alors que nous rentrions après cette belle ballade. Elle ne plaisantait pas : cette citadine pur sucre n’avait nul besoin de la nature et de sa beauté fascinante. Elle est loin d’être la seule. Une autre fois, alors que je montrais à des touristes russes de magnifiques maisons arabes, à Jérusalem, j’entendis une remarque sceptique : “Ouaip, peut-être vous pouvez, à la rigueur, vivre là-dedans... si vous n’avez pas le choix !...” Mais, “heureusement”, les HLM hideux des faubourgs de Jérusalem leur arrachèrent des vivat enthousiastes !

La Russie rurale a été transformée, elle aussi, par l’intrusion agressive d’un habitat standardisé, par la collectivisation et un exode rural massif. En définitive, la Russie est devenue un paysage mixte, à la fois anthropogène et naturel. Cette division est palpable dans les arts, la littérature, la vie politique, les préférences économiques, la structure sociale. La domination de l’artificiel s’imposa de plus en plus, au point de devenir quasi-totale, au fur et à mesure que les dirigeants communistes post-staliniens aspiraient de plus en plus à imiter l’Occident. L’opposition - les “dissidents” - soutenaient, quant à eux, de manière croissante, les politiques anthropocentrées. Les écrivains et les peintres de la nature étaient, parallèlement, de plus en plus marginalisés.

Les conséquences pour la Russie de cette invasion du paradigme anthropocentré furent funestes. La nature a été détruite : rivières irrémédiablement empoisonnées par les rejets d’effluents industriels, villages rasés car “économiquement non viables” (!). L’année 1991 a parachevé le transfert du pouvoir et de l’influence entre les mains anthropocentriques, phénomène mis en évidence par l’ascension fulgurante d’une oligarchie juive, composée d’une poignée de banquiers hyper-riches et de gros bonnets de l’industrie.

Ce processus s’est déroulé ailleurs, aussi, et le modèle anthropocentré (a-naturel) domine désormais le monde. Attention : je ne pense pas que les Niemeyer, Reichmann et autres créateurs, devant l’Eternel, d’environnements artificiels, travaillaient consciemment dans l’intérêt de la domination de la diaspora juive sur le monde, comme les tenants du “complot” pourraient le penser. Certains d’entre eux créaient, de manière subconsciente, un environnement dans lequel eux-mêmes seraient susceptibles de prospérer. Et cet environnement favorable ne pouvait être, logiquement, qu’anthropogénique... D’autres étaient tout-à-fait imperméables à l’idée qu’un environnement artificiel fût mortel pour l’Homme Naturel, et attribuaient la résistance du peuple, face à leurs “créations”, aux préjugés des ploucs qu’à leurs yeux ils étaient. Affligés d’une hypertrophie de l’ego et de la volition et têtus comme des mules, ils pensaient sincèrement bien mieux savoir que le peuple ce qui était bon pour celui-ci. Probablement n’ont-ils même jamais compris que ce qu’ils produisaient était, en tout et pour tout, exclusivement bon pour eux-mêmes...

Instinctivement, comme le poisson essaie d’entraîner le pêcheur qui l’a ferré au fond de l’eau, les propriétaires juifs de médias formèrent l’opinion afin de lui faire adopter l’artificiel ; des financiers juifs financèrent des projets anthropogéniques ; des agents immobiliers juifs construisirent et vendirent des complexes d’habitation, puisqu’aussi bien leurs élans naturels allaient au monde anthropogénique et puisqu’ils savaient intimement que dans un tel monde, il prospéreraient. Je pense qu’il s’agit-là d’attitudes instinctives plus que consciemment réfléchies. D’ailleurs on les constate tout aussi bien au sein de la colonie juive en Palestine. Indubitablement, ces hommes d’affaires avaient une profonde sympathie pour Israël, et Niemeyer y a d’ailleurs vécu plusieurs années de sa vie. Mais (hélas) leurs activités en Israël se sont révélées tout aussi destructrices qu’ailleurs.

On peut comparer ce processus avec un développement similaire des événements, qui s’était produit plus tôt, lorsque les immigrants britanniques avaient colonisé l’Amérique du Nord. Ils devaient entrer en compétition avec les habitants d’origine, les aborigènes Américains, qui vivaient en symbiose parfaite avec la nature. Afin de survivre, les colons n’avaient pas d’autre choix qu’entre changer eux-mêmes ou transformer l’environnement (naturel). Le pionnier de Fennimore Cooper était un homme qui savait s’adapter à la nature et adoptait les us et coutumes des Indiens d’Amérique. Si les indigènes américains avaient été assez puissants pour bloquer ou limiter l’immigration venue d’Europe, si les colons anglais avaient partagé l’engouement des Français pour le Bon Sauvage, une coexistence entre eux aurait été possible.

Hélas ! Les colonisateurs anglais, protestants fervents, dévots de l’Ancien Testament, ont été inspirés par l’idée de leur Election, par l’idée qu’ils représentaient une réincarnation d’Israël répétant la conquête de Josué. Les indigènes locaux étaient, dans ce cas de figure, les “Cananéens” qui devaient être à tout prix “dépossédés” (Ch. 33:53 et “détruits jusqu’au dernier” Ch. 21:3)) Le modèle fourni par l’Ancien Testament (totalement contredit par le Nouveau Testament et le Coran) est celui d’une guerre totale, de l’anéantissement, de la dépossession et de la domination. En revenant à l’Ancien Testament, les colonisateurs déclaraient la guerre à “moins élus” qu’eux. C’est pourquoi il tuèrent et dépossédèrent les naturels Américains dès qu’ils en eurent l’occasion, mais c’est aussi ce qui les amena à détruire l’environnement : bisons éradiqués, puits empoisonnés, grande prairie détruite. La destruction de l’environnement est l’un des modes naturels de prise de contrôle par un groupe allogène.

Les motifs de la destruction du paysage sont souvent présentés comme étant de nature purement financière. Chaque fois qu’une belle source est tarie, qu’une rivière déborde de rejets industriels, qu’une forêt est rasée et une colline desséchée, nous sommes invités à blâmer la rapacité humaine. Toutefois, on peut tout aussi bien observer ce processus en l’absence de toute cause déclenchante imputable à la finance. Dans ma Sibérie natale, de nombreux villages ont été détruits et des paysages entiers ruinés par la création de lacs artificiels et de stations hydroélectriques. Dans la Sibérie soviétique, nul profit financier ne saurait avoir servi de prétexte. Ajoutons que les énormes quantités d’électricité ainsi produites sont, dans une large mesure, inutilisées.

On pourrait citer des centaines d’exemples, dans lesquels la destruction de la nature bat son plein sans qu’aucun profit sonnant et trébuchant ne soit recherché, ni perçu. L’un des écrivains les plus inspirés, sur le Web, Diane Harvey, a pu écrire, profondément abattue : “La relation de cause à effet entre les cerveaux qui régissent la Terre et l’interminable agonie du monde naturel est stupéfiante. Qu’est-ce qui a bien pu amener les propriétaires gérants de notre globe à laisser les systèmes assurant la continuation de la vie planétaire se dégrader au point d’atteindre cet état de choc toxique ? Les soubresauts d’agonie de la nature s’intensifient, et pourtant les actions humaines fatalement destructrices continuent, impavides, comme si cet état de chose n’avait rien à voir avec la pérennité de la vie humaine. Nous devons nous demander si ces hommes puissants, à la barre de ce bateau en train de couler, responsables de l’empoisonnement d’une planète entière, n’ont pas tout-à-fait perdu l’esprit. Nous nous interrogeons, perplexes : ces dévots ardents de la rapacité ont-ils fini par être emportés et rendus carrément fous par ce péché mortel ? Sommes-nous d’ores et déjà emportés dans les remous d’un chaos démentiel, tout droit vers l’abîme ?

Diane Harvey, comme Immanuel Wallerstein, déploie un effort héroïque afin de tenter d’apercevoir l’oeuvre de la raison dans un comportement en apparence irrationnel. Et elle parvient presque à généraliser le concept de rapacité. Elle conclut : “les structures du pouvoir financier globalisé... ont planifié la destruction de la nature, qui représente (pour elles) la meilleure opportunité pour faire des affaires de tous les temps. Elles ont à l’esprit l’idée de rendre l’humanité totalement dépendante des succédanés qu’ils veulent lui en refiler, et d’exercer sur nous un contrôle absolu, au moyen de ces mêmes ersatz de vie naturelle qu’ils nous contraindront à acheter au prix fort. J’affirme que les forces du totalitarisme financier sont en train de détruire de manière délibérée le monde entier, de façon à pouvoir nous revendre la version virtuelle qu’ils sont en train d’en tirer, à leur plus grand profit”.

Son diagnostic est certes sombre. Mais il n’est pas encore assez sombre. Qui promet à Madame Harvey qu’on lui vendra les ersatz d’air et d’eau, aux noirs lendemains de nos cauchemars ? Après tout, la rapacité et le profit, même capitalisés, présupposent l’existence d’un mode opératoire permanent. Cela exige un certain effort, de reconnaître que la rapacité n’est ni une particule élémentaire, ni une force physique. Derrière l’avidité, se tapit une figure plus ancienne et plus sombre : celle de l’inclination à dominer. Pour la domination, l’avidité représente un simple moyen pour atteindre le but. Bien sûr, il est bon et beau de vendre de l’air à Madame Harvey et d’en tirer un profit rondelet. Mais peut-être serait-il encore plus jouissif de refuser de lui vendre l’air, pour elle absolument vital, et de se distraire à l’observer, en proie aux affres de l’agonie ?

Après tout, mes ancêtres, obsédés par leur instinct dominateur, n’avaient-ils pas payé argent comptant des prisonniers chrétiens, après la mise à sac de Jérusalem par les Perses, et n’avaient-ils pas égorgé ces prisonniers de leurs propres mains, refusant le prix, plus élevé car intégrant la “marge bénéficiaire”, que ces derniers leur offraient afin de racheter leur liberté ? Le profit n’est pas le fin mot ; dans l’enchaînement des péchés, le dernier maillon, c’est le désir de dominer autrui. La cupidité ne saurait expliquer ce qui pousse un multimilliardaire à amasser encore plus de milliards. Il joue dans une autre catégorie : ce qui le pousse, c’est l’aspiration à dominer.

Comme nous l’avons déjà indiqué, qui dit domination dit esclaves, or aucun homme ne saurait être réduit en esclavage tant qu’il est encore connecté avec la nature. C’est la raison pour laquelle il faut détruire la nature : cela est absolument nécessaire si l’on veut réduire ne serait-ce qu’un seul homme en esclavage. Mais, par-delà l’instinct de domination, par-delà la destruction de la nature, nous observons quelque chose d’autre. Comme le navigateur de Christophe Colomb apercevant la terre, nous n’en croyons pas nos propres yeux : Non, ce n’est pas possible !

Durant deux cents ans, voire plus, la chrétienté a essayé de vivre en ignorant Dieu. Certains niaient qu’Il existât, d’autres non, mais croyants comme non croyants expliquaient nos problèmes existentiels sans faire référence à la présence de Dieu dans l’Univers. Nos bons et mauvais penchants et désirs devraient y suffire, pensions-nous. Il existe un adage, attribué à différents savants, selon les sources, de Newton à Einstein : “Je n’avais aucune raison d’introduire Dieu dans mes formules”. Un érudit médiéval anglais, du Surrey, William Ockham (qui a fourni le personnage principal au roman d’aventure d’Umberto Eco, le Nom de la rose), a formulé un principe, appelé le Rasoir d’Ockham. Le voici : “Ne multipliez pas les paramètres si cela n’est pas absolument nécessaire.” Il voulait dire ainsi que de deux théories concurrentes entre elles, la plus aisée à démontrer doit être retenue. C’est pourquoi nous ne recourons pas, généralement, aux catégories spirituelles, lorsque nous explicitons des phénomènes triviaux.

Alors que nous étions relax, dans notre monde entièrement matériel, un autre principe de la casuistique médiévale, la Loi de Manifestation, nous préparait un piège. Cette loi énonce : “toute entité réellement existante finit par se manifester un jour.” Une entité vouée à ne jamais se manifester pourrait tout aussi bien être qualifiée d’inexistante, sans dommage. De manière théorique, nous savions qu’à partir d’une certaine vitesse, l’espace ne répond plus aux règles, remontant à des temps immémoriaux, formulées par Euclide. Les remplacent alors les lois d’une nouvelle géométrie, fondée au dix-neuvième siècle par le brillant rejeton d’un prêtre de Hanovre, Bernhard Riemann. Dans la pratique, notre esprit refusa de l’admettre - jusqu’à ce que cette géométrie Riemannienne devienne une réalité.

De la même manière, en théorie, un homme croyant devrait être préparé à observer une manifestation du monde spirituel, de Dieu, comme des Forces succubes. En pratique, nous refusions d’admettre qu’une telle possibilité existât. Une femme pasteur suédoise, à qui on avait demandé ce qu’elle ferait si un jour Sainte Brigitte lui apparaissait, répondit : “Je m’enfilerais deux demis de bière, j’expédierais un gros steak, et si ça ne suffisait toujours pas, je traînerais mes vieux os jusqu’à un hôpital psychiatrique.” Si telle est l’approche d’une femme de religion, dites-le moi : qu’attendre des laïques ?

En tournant systématiquement le dos à la présence de Dieu, en veillant à Lui dissimuler constamment la vie que nous menions, nous aidions Son adversaire, assis en face de lui, devant le grand échiquier de l’univers. Aujourd’hui, l’influence et les plans de celui-ci sont devenus tangibles, et il n’y a aucune montagne de steaks-frites et de bocks de bière qui puisse y changer quoi que ce soit. Les derniers développements de l’histoire humaine, faits de destruction gratuite de la nature et de guerre contre l’esprit, ne sauraient être attribués de manière plausible à des causes matérielles et rationnelles. Au-delà du visage par trop humain des grands trusts, au-delà de l’Avidité capitalisée, au-delà du paradigme de la Domination, le Destructeur sans visage est apparu, comme Lord Dark Vador, maître d’une planète totalement à sa merci, dans la Guerre des Etoiles.


Israël Shamir



mercredi, janvier 28, 2026

L'Antéchrist intérieur



Ceux qui supposent que l'Antéchrist est une personne étrange née à tel endroit ou venue de tel ou tel pays, sont dans l'erreur, car l'Antéchrist n'est pas une personne précise mais toutes les personnes. L'Antéchrist a sa racine au fond de chaque personne et il s'exprime de manière multiforme. L'état chaotique où se trouve l'humanité actuelle est, sans conteste, causé par l'Antéchrist.

L'Impie, de qui nous parle Paul de Tarse dans ses Épîtres, se manifeste partout, il a le don d'ubiquité : il discute dans les cafés, négocie à l'ONU, siège confortablement à Genève ; il expérimente dans les laboratoires, il invente des bombes atomiques, des fusées téléguidées, des gaz asphyxiants, des armes bactériologiques, etc.

Tout le monde se prosterne devant l'Antéchrist, c'est-à-dire, devant celui qui a inventé les avions supersoniques, les rutilantes automobiles, les médecines surprenantes, etc. Ainsi, qui ose aujourd'hui se prononcer contre ces miracles et prodiges du « Fils de perdition » s'expose aux sarcasmes de ses semblables, au qualificatif de stupide et d'ignorant...

L'Antéchrist a élaboré le programme avec lequel on programme les robots humanoïdes de cette époque décadente ; comprendre ce que je suis en train d'expliquer s'avère très difficile, parce que cela se situe en dehors du programme. Pour le robot-humanoïde, douter du programme semble une hérésie, car son existence même est fondée sur le programme.

La Science pure de l'Être, différente de toute cette pourriture des théories universitaires, est une chose inadmissible pour les robots de l'Antéchrist. Malheureusement, l'heure de la « grande apostasie » annoncée par les prophètes est arrivée ; aujourd'hui, aucun être humain n'oserait se prononcer contre l'Antéchrist...

Nous devons approfondir un peu plus notre connaissance du psychisme. Nous avons beaucoup parlé du Moi, de l'Égo, mais aujourd'hui il nous faut aller plus loin, aborder des aspects plus profonds encore.

Nous avons déjà vu que dans la Perse antique on rendait un culte à Ahriman. Indéniablement, ce culte n'était pas propre aux Aryens ; il venait plutôt d'un groupe de survivants de l'Atlantide submergée. Je veux parler plus précisément des Touraniens. Ahriman était pour eux le centre vital de leur culte. Steiner traite dans ses œuvres des forces ahrimaniques et plusieurs autres auteurs ont étudié également ces forces.

Nous avons vu que Lucifer est l'Archange « faiseur de lumière », qu'il n'a rien à voir avec cette créature anthropomorphe que nous présente dogmatiquement le clergé chrétien. Chacun de nous, assurément, possède son propre Lucifer ; celui-ci, en soi, est la réflexion du Logos ou de notre Logoï intérieur au fond de notre psychisme ; il est l'ombre, pour ainsi dire, de notre Logoï, dans nos profondeurs psychiques.

Lorsque nous n'étions pas encore tombés, lorsque nous vivions encore dans l'Éden, ce Lucifer intérieur resplendissait glorieusement au fond de nous ; mais quand nous avons commis la faute de manger de ce fruit dont on nous avait dit : « Tu n'en mangeras pas » (Genèse II, 17), alors notre Lucifer intime est tombé est s'est transformé en le Diable dont nous parlent les diverses théogonies.

Que devons-nous faire, à présent, pour « blanchir le Diable » en nous ? Nous devons mourir en nous-mêmes, ici et maintenant ! Lorsque nous réussissons à dissoudre radicalement le Moi, le Diable de la mythologie se blanchit, redevient resplendissant, se convertit en Lucifer, en « Faiseur de lumière » ; lorsqu'il s'intègre à notre Âme et à notre Esprit, il nous transforme en Archanges glorieux.

Ahriman, quant à lui, est quelque chose de différent; il est le revers de la « médaille » de Lucifer, il est son aspect négatif et il s'exprime sous cette forme du feu ahrimanique des anciens Touraniens de la Perse. Il représente la fatalité, les pouvoirs ténébreux de ce monde. (c’est la force de robotisation)

Ahriman est même au-delà de l'Égo lui même. Nous avons déjà dit, pour simplifier, qu'il était l'Égo, mais aujourd'hui, afin de monter d'un cran au plan didactique, nous affirmerons qu'il est la base, le fondement de l'Égo. Il est cet « Inique » (ou l’Impie) dont nous parle l'apôtre Paul dans les Saintes Écritures, le « Fils de perdition », l'antithèse, l'envers de la médaille, l'opposé du « Fils de l'homme », en un mot : l'Antéchrist.

Dans l'Apocalypse de Saint-Jean, on parle de la « Bête à sept têtes et dix cornes » (Apoc. XIII, 1-8). Ces sept têtes représentent les sept péchés capitaux : la colère, la convoitise, l'envie, la luxure, l'orgueil, la paresse et la gourmandise, avec tous leurs dérivés. Les dix cornes, quant à elles, se réfèrent à la « Roue du Samsara », qui correspond à la Roue de Fortune (l'arcane X) du Tarot, qui tourne sans cesse. (les réincarnations)

De cette Bête, on dit encore qu'elle avait reçu une « blessure mortelle » à l'une de ses sept têtes, blessure infligée par une épée, mais que cette plaie fut guérie et que la terre entière fut émerveillée du pouvoir de la Bête qui « blessée à mort, avait repris vie » (Apoc. XIII, 14)... Il faut comprendre par là que l'on peut en finir avec les éléments qui constituent l'Égo et cependant « ressusciter » en l'Antéchrist, en la Bête, en le monstre aux sept têtes. Quand on a totalement annihilé les démons de la colère, par exemple, c'est comme si l'on avait blessé à mort l'une des sept têtes de la Bête, mais ensuite ce défaut se renforce dans cette « tête » et « la Bête reprend vie ». De même, lorsque l'on a éliminé la convoitise dans les quarante-neuf régions du subconscient, lorsque l'on a annihilé les éléments inhumains de la convoitise, celle ci revit avec plus de force dans cette « tête » de la Bête que nous croyions avoir anéantie, et ainsi de suite. Quand un homme est parvenu à mourir totalement en lui-même, il reste la Bête. C'est pour cela, mes chers amis, que l'on a dit qu'avant que vienne le Christ vient l'Antéchrist ; avant que le Christ ressuscite dans un homme, se manifeste l'Antéchrist, la Bête qui doit mourir...

L'Apocalypse dit bien que celui qui vit par l'épée mourra par l'épée ; que celui qui met les autres en captivité sera mis aussi en captivité ; que les saints doivent faire preuve de patience... On veut dire par là que si nous voulons éliminer l'Antéchrist en nous, il faudra faire preuve d'une infinie patience ; oui, cela requiert patience et travail...

Indéniablement, l'Antéchrist accomplit des « miracles » et des « prodiges trompeurs » : il a inventé, par exemple, les fusées téléguidées, les avions supersoniques, les bombes atomiques (c'est ainsi qu'il fait « pleuvoir le feu du ciel sur la Terre » - Apoc. XIII, 13), etc. Il est sceptique par nature et par instinct, et terriblement matérialiste. Quand a-t-on entendu dire qu'Ahriman était mystique ? Il ne l'est pas et ne le sera jamais ! C'est pourquoi les Touraniens, voulant dominer le monde, ont instauré le culte d'Ahriman, c'est-à-dire, le culte de l'Antéchrist.

Il y a, de toute éternité, deux sciences : la première, c'est la Science pure, que seuls les « Parfaits » connaissent ; l'autre, c'est celle de la Bête, celle de l'Antéchrist. Horriblement sceptique et matérialiste, la science de la Bête n'accepte rien qui « ressemble à un Dieu ou à un Être qui reçoit un culte » (2e Épître aux Thessal. II, 4) ; elle est épouvantablement grossière. Si vous jetez un coup d’œil sur le monde actuel, vous verrez la science de l'Antéchrist partout...

Il a été dit par les plus grands prophètes de l'antiquité qu'un jour viendrait la « grande apostasie » et que l'on ne reconnaîtrait rien qui ressemble à un Dieu ou à un Être que l'on adore : ce jour est arrivé et nous y sommes ! C'est après cette grande apostasie, dans laquelle nous nous trouvons présentement, qui ne cesse d'augmenter et qui augmentera encore plus, que viendra le cataclysme final. Ainsi les grands prophètes l'ont-ils proclamé.

Pour ne pas suivre la Bête, il nous faut une compréhension adéquate de cette question. Si seulement la Bête était extérieure à nous, comme beaucoup le supposent, le problème ne serait pas si grave. Hélas ! ce qui est tragique c'est que chacun de nous a la Bête en lui, au fond de son psychisme, et elle possède une force terrible. Observez vous vous-mêmes et vous la découvrirez...

Si vous êtes sincères avec vous-mêmes et que vous savez méditer, concentrez-vous sur votre monde intérieur, en essayant de vous auto-explorer en profondeur, et vous pourrez constater par vous-mêmes la présence de deux aspects, clairement définis : l'un, celui du mystique sincère qui veut vraiment se connaître lui-même, qui désire ardemment s'auto-réaliser ; mais vous avez sans doute aperçu aussi un autre aspect de vous-mêmes, vous savez qu'il existe en vous : celui de la Bête, qui rejette toutes ces choses, qui s'oppose à vos aspirations, qui, par moments, résiste farouchement à vos aspirations spirituelles. Et elle va même jusqu'à rire de telles aspirations...

De sorte qu'il y a une lutte, avons-nous dit, entre deux parties de la psyché : celle qui aspire à la Vérité et qui est l'Essence pure, et celle d'Ahriman, celle de la Bête, qui se moque de ces choses-là, qui refuse de les accepter, qui est grossièrement matérialiste. Si vous êtes sincères avec vous-mêmes et que vous vous auto explorez vraiment, vous pourrez vous rendre à l'évidence de la réalité de ce que je suis en train de vous expliquer. La Bête, Ahriman, l'Antéchrist en vous n'est pas intéressé par les questions spirituelles ; la seule chose qui l'intéresse, c'est la matière physique, dense, grossière. Incidemment, l'athéisme marxiste-léniniste, le matérialisme dialectique a son fondement en Ahriman...

Je vous le répète : il faut que vous soyez sincères avec vous-mêmes : en vous il y a une partie qui est foi et qui vous fait ressentir dans votre psychisme une aspiration spirituelle profonde, et il y a une autre partie que vous-mêmes n'aimez pas, mais qui existe, que vous l'aimiez ou non, et c'est le scepticisme. C'est l'antithèse de ce que vous voulez, et le plus grave c'est que vous êtes aussi cette antithèse. Et cette antithèse c'est donc l'Antéchrist, c'est Ahriman.

Ainsi, vous savez que la lubricité, que la luxure est une chose répugnante ; mais il y a dans votre psychisme quelque chose qui se moque de votre désir de chasteté, qui même gagne quelquefois la partie : le gagnant c'est Ahriman, la Bête de l'Apocalypse. Vous savez que la colère est exécrable, car à cause de la colère nous perdons notamment notre clairvoyance, nous la détruisons. Vous prenez donc la résolution de ne plus vous mettre en colère, mais vous tonnez et lancez des éclairs à tout moment ; il est indéniable que certains « moi » sont en cause, naturellement, et vous pouvez même réussir à les contrôler jusqu'à un certain point, mais il y a quelque chose tout au fond de vous, derrière ces « moi », qui se rit de vos bonnes intentions. Un homme pourrait avoir annihilé la colère et cependant, à n'importe quel moment, il pourrait la ressentir de nouveau, même s'il croit en avoir fini avec elle, car n'importe quelle tête de la Bête, bien qu'on l'ait tranchée par l'épée, peut se guérir, se régénérer : vous voyez donc tout le pouvoir de la Bête ! C'est pourquoi, est-il écrit, tous se prosternent devant la Bête et l'adorent (cf. Apoc. XIII, 4-8) : c'est l'Antéchrist !

Ceux qui supposent que l'Antéchrist est né quelque part en Asie et qu'il viendra en Occident, qu'il arrivera en telle ou telle année, accomplissant merveilles et prodiges, ceux-là sont totalement dans l'erreur. L'Antéchrist, chacun le porte en lui. L'Antéchrist, c'est la Bête, c'est Ahriman, c'est, pour ainsi dire, le revers de la médaille de l'Homme causal, et il est formé de toutes ces causes ancestrales, de tout cet atavisme criminel que, depuis les temps les plus reculés, nous avons forgé d'existence en existence ; c'est l'aspect négatif de l'Homme causal.

Si nous sommes sincères, donc, si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, si nous avons le courage de nous auto explorer soigneusement jusqu'au bout, nous découvrirons que l'Impie, dont nous parle Saint-Paul dans ses Épîtres, c'est en réalité chacun de nous.

Tout ce qui porte le nom de Dieu ou reçoit un culte » est un motif de raillerie pour l'Impie. Observez-vous attentivement : vous avez des élans de mysticisme, de prière, de dévotion – ce sont, bien sûr, des moments délicieux -, mais à l'heure où vous vous y attendez le moins surgit l'Impie qui tourne toutes ces choses en dérision. Lorsque vous l'apercevez, c'est déjà trop tard, il s'est déjà moqué de vos nobles aspirations. Ainsi donc, chacun porte l'Impie à l'intérieur de lui, et il est très fort, très puissant : il fait des « miracles et des prodiges étonnants », c'est lui qui a inventé toute cette fausse science de notre monde moderne. Tous ces soi disant savants des laboratoires de chimie, de physique, de mécanique, de biologie, qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et qui disent : « Ces choses-là n'existent pas, ça n'a pas été démontré !... Ces histoires bibliques, ce ne sont que des légendes forgées par les gens ignorants d'autrefois... », etc., ces pseudo-savants, donc, débitent leurs âneries avec un aplomb déconcertant, avec un orgueil et un cynisme stupéfiants. Voilà la science de l'Impie, de l'Antéchrist !

On parle aussi, dans l'Apocalypse, d'une autre Bête, celle-là « portant deux cornes comme un agneau, mais parlant comme un dragon » (XIII, 11) : il s'agit de l'Égo, du Moi, à qui l'on a donné d'accomplir toutes sortes « d’œuvres de puissance, de signes et de prodiges mensongers » (Paul, 2Th. II, 9) afin de fourvoyer l'humanité. Cette autre Bête, qui est dotée d'un grand pouvoir, est « au service de la première Bête », de l'Impie, et « elle en établit partout l'empire, amenant tous les habitants de la terre à adorer cette première Bête » (XIII, 12).

Voilà donc les deux Bêtes de l'Apocalypse de Saint-Jean. Plusieurs réussissent, au prix de suprêmes efforts, à détruire la seconde Bête, l'Égo ; ils se soumettent aux ordalies de l'Initiation et ils y parviennent, mais très rares sont ceux qui réussissent à anéantir l'Impie, l'Antéchrist.

Il n'y a personne comme la Bête ! », proclame l'humanité, et celle-ci se met à plat ventre devant la Bête qui a inventé les merveilleux ordinateurs, les avions supersoniques, les fusées qui traversent l'espace à grande vitesse, qui a créé les sérums, les vaccins, qui a effectué des transplantations cardiaques, qui a fabriqué des armes nucléaires, qui se manifeste à travers l'étincelant intellectualisme, à travers les grandes décisions des leaders politiques, etc.

Détruire l'Impie ? Qui le pourra ? « Qui peut lutter contre lui ? » (Apoc. XIII, 4). Qui sera assez fort pour le détruire à l'intérieur de lui-même ? Quelques-uns ont réussi, oui, mais après plusieurs d'entre eux sont retombés... Qui pourra abattre la force de cette Bête qui peut « mourir et reprendre vie » ? Seul le « Fils de l'Homme » qui, lorsqu'il vient au monde, est toujours soumis à l'ignominie, exposé à toutes sortes de vexations. Mais qui le soumet aux vexations et à l'ignominie ? La Bête, bien sûr ! Lorsqu'Il vient en ce monde, il doit, en quelque sorte, entrer dans la Bête, et la Bête se moque de lui et l'expose à l'ignominie : la Bête est sa geôle, sa prison ! Lui est courageux, la Bête est lâche ; lui est chaste, la Bête ne l'est pas... Il est donc soumis à l'ignominie et il souffre l'indicible, mais lorsque la Bête meurt, lorsqu'elle est finalement précipitée dans le « lac de feu et de soufre ardent », ce qui représente la deuxième mort, le « Fils de l'homme » ressuscite d'entre les morts et accède à la Vie.

Vous connaissez ces représentations de la Divine Figure, soit la tête couronnée d'épines du Fils de l'Homme. Ces représentations ne sont pas l'apanage du Christianisme ; on en a retrouvé à divers endroits du globe, datant de l'Âge de bronze. Le visage du Fils de l'Homme est ruisselant du sang des vexations et humiliations qu'il doit subir ; introduit dans la Bête, le Fils de l'Homme devra souffrir jusqu'à ce que la Bête meure...

Il est écrit, donc, qu'avant la venue du Christ vient l'Antéchrist, l'Adversaire, et j'ajouterai qu'avant que vienne l'Âge d'or, l'Antéchrist sera devenu tout-puissant sur la face de la Terre (son pouvoir prospérera partout, affirme le prophète Daniel). La science matérialiste de l'Antéchrist entrera en chacun et tous se prosterneront devant la Bête. Ainsi est-il écrit.

Le « Faux Prophète » (la seconde Bête) qui accomplit des prodiges au service de la Bête et qui amène la terre entière à l'adorer, c'est le Moi, l'Égo, et la Grande Prostituée (l'humanité) chevauche cette Bête portant sept têtes et dix cornes. Cette Bête qui porte la Grande Prostituée, le Serpent tentateur de l'Éden...

Ainsi, nous devons comprendre ce que représente la Bête, qui a un pouvoir prodigieux. Lorsque nous comprendrons ce qu'est la Bête, nous nous efforcerons d'engendrer à l'intérieur de nous une création nouvelle... Comme le dit à juste titre Paul de Tarse : « l'important, c'est d'accomplir une nouvelle création » (Ép. aux Galates VI, 15). En quoi consiste cette nouvelle création ? En la fabrication des Corps existentiels supérieurs de l'Être. Bref, si l'on n'accomplit pas une nouvelle création, si l'on ne devient pas une nouvelle créature, on ne fait rien.

Dans les antiques Mystères de l'Égypte, lorsque l'Initié était sur le point de recevoir sa première initiation, il entrait dans un tombeau, dans un noir sépulcre, et y demeurait allongé trois jours et trois nuits, comme mort ; sortant de son corps physique, il se retrouvait alors face à face avec sa Mère divine (Isis), laquelle portait dans sa main droite un livre, le Livre de la Sagesse, qui permet de s'orienter pour pouvoir réaliser le Grand-Œuvre. Qu'est donc ce Livre de la Sagesse ? C'est l'Apocalypse. Et qui peut le comprendre ? Celui qui travaille dans le Grand-Œuvre.

Une fois les trois jours passés, l'Initié ressuscitait d'entre les morts, il reprenait symboliquement vie. Ce n'était pas encore la « grande résurrection », plutôt une petite résurrection, car dans chaque initiation quelque chose meurt et quelque chose ressuscite en nous. Ainsi, sur ce chemin nous mourons et ressuscitons peu à peu. Ces trois jours sont les trois purifications par lesquelles nous devons passer : trois purifications par le feu et par le fer. La grande résurrection n'est possible qu'après la grande mort. Lorsque nous passons par la grande résurrection - lorsque nous ressuscitons totalement - Ahriman est bien mort, il ne reste rien de l'Antéchrist, de la Bête, ni du Faux Prophète ; ils ont péri dans le « lac de feu et de soufre ardent », qui est la deuxième mort. Alors se lève le « Fils de l'Homme », il ressuscite en le Père et le Père ressuscite en lui, car le Fils et le Père sont un.

Ainsi donc, tout est à l'intérieur de nous ; et c'est à l'intérieur de nous que nous devons travailler. Tels que nous sommes actuellement, nous sommes un échec ; il faut que l'Égo meure en nous, et lorsque nous avons réussi à éliminer l'Égo, il faut encore que meure la Bête, Ahriman, le monstre « aux sept têtes et aux dix cornes », le revers de l'Homme causal. Ainsi seulement, chers amis, sera-t-il possible de ressusciter ultérieurement. Auparavant, nous devons nous contenter de petites morts et de petites résurrections : la Résurrection finale est impossible avant la mort de la Bête...

Toutes les écoles ésotériques affirment que l'Initié séjourne trois jours dans un tombeau, puis qu'il en ressort transformé. Certaines écoles prennent cela littéralement, elles croient qu'il s'agit vraiment de trois jours, que l'Initié est alors couché dans un cercueil et qu'il se lève ensuite, « devenu un Dieu ». Elles ne comprennent pas la portée symbolique de ces choses, elles ne veulent pas comprendre que ces trois jours représentent les trois purifications par le fer et par le feu - il faut toute une vie de sacrifices pour y arriver. Zoroastre a commencé très jeune et il était un vieillard quand il y est enfin parvenu. Certains commencent dans l'âge mûr ou même vieux : il est évident qu'ils n'arriveront pas au terme en une seule existence, mais ils peuvent faire beaucoup de chemin et, dans une ou plusieurs existences ultérieures, ils pourront parachever le Grand-Œuvre. Rappelons nous, toutefois, qu'il est impossible de parvenir à la Résurrection suprême sans la mort de l'Antéchrist en nous.

Samaël Aun Weor (1917-1977)


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Note (Undercover) :

Les entités lucifériennes refusent l'incarnation. L'Ancien Testament, dans le livre de Job, ne met pas en scène un Satan conforme à l'image convenue qu'en ont donné un catholicisme et surtout un islam exotériques. L'Adversaire (c'est le sens du mot hébreu "Shatan") est lui aussi une pièce maniée par Dieu sur l'échiquier cosmique. Goethe est plus explicite dans son Second Faust, où Méphistophélès déclare que son rôle est d'aiguillonner l'homme, qui sans cela aurait tendance à s'endormir dans une quiétude paresseuse. Mais ces deux personnages littéraires recouvrent des entités spirituelles bien distinctes. Semblables à Iblis dans le Coran, les entités lucifériennes veulent empêcher l'homme en gestation de descendre dans l'incarnation, ce qui est pourtant nécessaire à son évolution correcte : ce n'est que dans un corps physique que l'homme peut développer l'autonomie spirituelle.

Quant à lui, Ahriman veut bloquer l'évolution vers l'Esprit. Les entités ahrimaniennes (nom tiré de la religion zoroastrienne) veulent, à l'inverse des lucifériennes, pousser l'homme à aller trop loin dans le sens de la matérialisation et de la perte du sens spirituel. Elles sont et seront de plus en plus actives en ce début du troisième millénaire, aidées par des cercles occultes extrêmement puissants (les mêmes qui ont déclenché les deux guerres mondiales et détruit l'Europe du centre). La technologie folle, qui de plus en plus emprisonne les hommes dans ses filets, est le résultat bien visible de cette activité. L'investigation spirituelle par les moyens de la démarche anthroposophique prévoit clairement qu'Ahriman va s'incarner dans un corps humain en ce siècle.




samedi, janvier 03, 2026

L’acacia méconnu …, si, si !


Article du blog de la GLIF

Fresque égyptienne représentant un acacia.



Notre Très Cher Frère Gérard Lefèvre ( Grande Loge Indépendante de France) a écrit ...

Que fait l’être humain quand il se passionne pour l’étude et la recherche de la connaissance ? Quel instinct profond le tire vers le haut ou le bas ? Voici deux aspects d’une question qui semble anodine, mais qui cache en réalité un fait d’une importance pour « l’acacia m’est connu ou méconnu ».

« Connaître » n’est pas « savoir ». Savoir c’est apprendre de l’autre. « Connaître » c’est apprendre de soi, dans le rapport avec l’autre.

René Guénon disait de lui qu’il était arbre de dualité, arbre de mort par sa partie enterrée, et arbre de vie par sa partie aérienne, là encore un trait d’union entre le zénith et le nadir, entre l’ombre et la lumière.

Cette connaissance se transmet le plus généralement de façon orale, visuelle, écrite ou manuelle ; on est dans l’apprentissage, nous apprenons des autres et de notre environnement. Pour Albert Einstein, « la principale source de connaissance est l’expérience »

1. Acacia ou Érica ?

Dans tous les Mystères antiques, alors que la plante sacrée était un symbole de l’initiation, l’initiation elle-même était le symbole de la résurrection à une vie future et de l’immortalité de l’âme. Dans cette optique, la Franc-maçonnerie aurait-elle substitué l’acacia à l’Érica...

Les Égyptiens avaient, en effet, choisi l’érica, comme plante sacrée. Dans les mystères d’Osiris, une légende raconte qu’Isis, à la recherche du corps de son mari assassiné, l’avait découvert enterré au front d’une colline, près de laquelle une érica (la bruyère), grandissait ; après la récupération du corps et la résurrection du dieu, lorsqu’elle a établi les Mystères pour commémorer sa perte et sa guérison, elle aurait adopté l’érica, comme plante sacrée, en souvenir de l’endroit où les restes mutilés d’Osiris étaient cachés.

Chez les Égyptiens de l’Antiquité, l’acacia est présent dans l’iconographie funéraire ; l’acacia, ished, qui signifie « ce qui donne la félicité », était considéré comme un arbre sacré sur les feuilles duquel Thot et la déesse de l’écriture Seshat étaient réputés transcrire les noms du Pharaon pour lui souhaiter prospérité et longue vie ; son nom hiéroglyphique est shen (Le Chen est un anneau qui représente le concept d’éternité, sans commencement ni fin). Dans le sarcophage de granit d’Aménophis II, on découvrit sur le corps du défunt une branche d’acacia.

Les Égyptiens l’utilisaient pour fabriquer des secrétaires à papyrus, des malles et des coffres à momies. Le papyrus du Livre des Morts d’Ani, découvert à Thèbes en 1887 par Wallis Budge, contient hymne et litanie à Osiris. La section 5 de la litanie comporte une invocation toute spéciale : « Hommage à toi, ô seigneur de l’Acacia ». Cela permet-il de suggérer que le Hiram de la légende maçonnique serait un avatar symbolique d’Osiris ...

2. L’acacia, arbre symbolique de l’Égypte antique.

Dans l'esprit de l'ancienne Égypte, un bateau n'était pas seulement un objet physique. C'était également une image miroir de la barge de la conscience sur laquelle l'âme flottait à travers la vie. Vu sous cet angle, les bateaux et les cercueils ont quelque chose en commun, et de nombreuses cultures ont mis au point des sépultures figurant des bateaux ou des navires.

Les cinq bateaux découverts près de la pyramide de Khéops (vers 2590 avant J.-C.) étaient faits d'acacia et de cèdre.

Plus important encore, la barge sacrée originale d'Osiris au temple de Thèbes était en acacia.

Cet ancien dieu de la nature "mourait" chaque année lorsque les plantes se flétrissaient, pour ensuite "renaître" au printemps. En surmontant la mort et en atteignant la vie éternelle, Osiris a personnifié la promesse de rédemption dans l'au-delà.

Le but spirituel des anciens Égyptiens était de transcender les limites de la personnalité et de fusionner avec Osiris.

L'acacia était le gardien de cette promesse, car il protégeait la momie d'Osiris pendant que son âme embrassait l'univers. Les inscriptions l'appellent "le solitaire dans l'acacia", et les images inscrites montrent le dieu comme une momie abritée par l'arbre.

Ainsi l’Acacia est un symbole de vie et d’immortalité. Par extension il représente également la renaissance qui suit la mort.

En Égypte, on trouve cet arbre qui n’est pas unique, mais qui était sacré dans l’antiquité. L’Égypte s’est construite sur une civilisation incroyablement ancienne.

Ses chroniques retracent son histoire, sans interruption, depuis la fonte des grands glaciers, il y a 12 000 ans, jusqu’aux derniers pharaons d’origine grecque, les Ptolémée, parmi lesquels la célèbre Cléopâtre.

La société égyptienne possédait une élite d’êtres intériorisés, très spirituels, avec un système complexe de croyances et une représentation de la réalité supérieure à la nôtre, plus efficace, que la science matérialiste qualifierait de magique.

La spiritualité jouait un rôle dominant dans la vie des élites égyptiennes, comme on le voit sur les fresques murales ou sur les fragments de papyrus qui nous sont parvenus. Ces images montrent souvent l’arbre de vie. Certains chercheurs ont voulu y reconnaître l’Acacia nilotica. Cette plante hallucinogène pousse en abondance le long du Nil : ses pouvoirs psychiques ont été glorifiés par les prêtres égyptiens.

L’acacia du Nil est un must de la mythologie égyptienne. Sous sa ramure sont nés les premiers dieux de l’Égypte. Osiris aussi est né sous cet arbre. La légende veut que le dieu Osiris habite l’esprit de tous les acacias.

Les anciens Égyptiens utilisaient l’acacia du Nil pour obtenir l’illumination et parler aux dieux. Leur guide spirituel n’était pas Hathor ni Isis, mais Osiris. Il est ici dans sa fonction de psychopompe (En mythologie, un dieu psychopompe (en grec ancien : ψυχοπομπός / psukhopompós, signifiant littéralement « guide des âmes ») est un conducteur des âmes des morts (comme un guide ou un passeur), le dieu des enfers et de la renaissance.

Osiris et sa parèdre qui est assis à côté d’Isis président à l’éveil, qui est la vraie renaissance, celle de l’esprit, plus importante que la naissance de la chair.

L’Acacia nilotica contient un principe actif alcaloïde, le Dimethyltryptamine, ou DMT. Cette molécule bien connue des pêcheurs de rêves donne paraît-il des expériences spirituelles intenses. C’est l’alcaloïde de l’ayahuasca, utilisé dans des rituels chamaniques en Amazonie et ailleurs.

3. Un point de vue inattendu.

Je voulais juste souligner que l’acacia sacré des anciens Égyptiens est très présent dans la Genèse. Les prêtres semblaient apprécier son extase. Du coup, l’affaire de Moïse sur le mont Sinaï prend un relief accru.

Le professeur israélien, Ben Shannon, pense que Moïse était complètement défoncé sur le mont Sinaï quand Yahvé lui a donné les Tables de la Loi. Le prof Shannon n’est sans doute pas très loin de la vérité. Toutes les civilisations anciennes n’ont eu qu’une seule préoccupation, l’éveil. La claire lumière intérieure qui est dit-on le séjour des dieux.

Dans la Bible, le buisson ardent devant Moïse était un Acacia nilotica. Ce qui n’est pas étonnant car on trouve encore cet acacia dans la vallée du Jourdain et le désert du Sinaï, avec trois sous-espèces différentes, contenant toutes du DMT.

Pour le judaïsme primitif, l’Acacia est sacré. Il a été utilisé comme un matériau de construction dans tous les temples et de tous temps. L’arche de l’alliance était faite d’Acacia nilotica recouvert de plaques d’or massif.

Comme toutes nos religions actuelles, le judaïsme a été influencé par le DMT et sa connexion au monde des esprits. A la Mecque, avant l’Islam, la déesse Al-Lat ou Allāt était aussi identifiée à l’Acacia nilotica. Sa religion était tout à fait conforme aux croyances égyptiennes, celtes et hébraïques.

L’Acacia est l’analogue de l’aubépine, de la Croix égyptienne et chrétienne, de la lettre hébraïque Vav, qui veut dire « lien ». C’est le symbole du lien qui unit le Visible à l’Invisible, cette vie à la suivante ; c’est le gage de l’immortalité.

René Guénon fait remarquer que beaucoup de plantes symboliques sont des espèces épineuses comme la rose, le chardon, l’acanthe. Pour lui, les épines comme les pointes ou cornes évoquent l’idée d’une élévation et peuvent, dans certains cas, être prises pour figurer des rayons lumineux. À noter en ce sens qu’Al Uzza veut dire acacia, « épine d’Égypte » et que c’est un symbole solaire.

Comme arbre, l'acacia exprime la symbolique de tous les arbres : la verticalité de l'homme et l'union du ciel et de la terre. Arbre d'une vigoureuse vitalité, l'acacia affirme aussi la puissance expansive de la Vie : les Anciens en ont fait un symbole phallique, manifestant l'énergie d'un dieu créateur. C'est ainsi que les chercheurs expliquent la présence de graines d'acacia dans les chambres funéraires des pharaons.

Le bois d'acacia, très riche en tanins, dur, hydrophobe, imputrescible, résiste aux parasites et aux rongeurs. Dans l'antiquité, les Égyptiens l'utilisaient pour fabriquer des secrétaires à papyrus, des malles et des coffres à momies. L'acacia est lié, à la fois, à la vie et à la mort et, très tôt, on lui a associé des idées de transformation, de métamorphose et d'immortalité. Sur le plan symbolique, on voit apparaître, ici, le sens duel de l'acacia.

A la fin du XIXe siècle, divers auteurs ont affirmé que l'acacia était un arbre sacré. Jules Boucher cite Tiele qui, dans son « Histoire comparée des anciennes religions de l’Égypte et des Peuples sémitiques », indique que des prêtres de l'Égypte ancienne, dans certaines processions, portaient une arche sainte d'où sortait un acacia et sur les flancs de laquelle on pouvait lire : « Osiris s'élance ». Ragon, à propos de l'acacia, écrit qu'il était révéré chez les Arabes anciens, et que, parfois même, il était objet de culte et idolâtré.

L'acacia est effectivement un arbre sacré. Les preuves résultent d'un fait significatif ou s'expriment, en négatif, à partir d'un raisonnement par élimination. Elles font penser à ces empreintes de pied, laissées dans l'argile par des Australopithèques (Primate fossile de la famille des hominidés, connu par des ossements d'Afrique australe et orientale, découverts à partir de 1924), il y a plusieurs millions d'années, que les chercheurs continuent d'interroger et de commenter.

L’acacia évoque aussi le cycle annuel de l’astre solaire, salué par sa floraison en boules jaune d’or, ainsi que le cycle jour-nuit par les feuilles de certaines espèces qui se referment le soir et s’ouvrent au lever du soleil. Ainsi, le drame d’Osiris peut être envisagé comme rite solaire par son cycle de mort-renaissance se référant à la marche apparente du soleil.

Par son essence même, depuis des milliers d’années, l’acacia est promesse d’immortalité, à travers laquelle se relient les pharaons dans l’espoir d’une renaissance attendue.

Dur et léger, le bois d’acacia est qualifié par la Septante (traduction grecque de la Torah) d’imputrescible. Aussi est-il utilisé dans les constructions portuaires fluviales et maritimes, ou pour servir de pieux enfoncés en mer afin d’élever les moules de bouchots, ou encore de piquets de clôture et de vigne.

C'est un excellent combustible et sa belle couleur foncée et ambre en ont fait une espèce recherchée en charpente et ébénisterie. Il est, en quelque sorte, l'acajou du désert. La Bible l’appelle bois de shittim et ne le cite pratiquement que dans le livre de l’Exode, en vingt-six occurrences.

Exode 25, 10 : « Ils feront une arche de bois d'acacia, sa longueur sera de deux coudées et demie, sa largeur d'une coudée et demie, et sa hauteur d'une coudée et demie. »

Outre le fait qu’on le rencontre abondamment dans la péninsule du Sinaï, c'est sans doute pour des raisons techniques qu’il a été choisi comme matériau du premier Tabernacle destiné à abriter la présence active de Yahvé au milieu de son peuple pendant la traversée du désert.

Il s’agissait d’une Tente spécialement dédiée au culte où reposait l’Arche qui conservait les trois symboles de la libération d’Égypte : le bâton d’Aaron (qui avait fleuri), l’urne (en or) de la manne et les tables de la Loi. Tout y était en acacia : l’Arche d’Alliance, mais également la table des pains de proposition, les barres de transport, les cadres verticaux, les traverses et les piliers, l’autel des holocaustes plaqué d’airain, et celui des parfums.

Aujourd’hui on a un peu perdu de vue les vertus hallucinogènes de l’acacia. Pourtant son culte a survécu, mais de façon purement symbolique, rassurez-vous ! On imagine mal les vénérables tabliers de cuir se rouler des pétards d’acacia du Nil. Quoique ...


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BONUS

DMT : la molécule psychédélique qui fascine les scientifiques et les psychonautes


Le puissant composé DMT, longtemps associé à des expériences hallucinantes et à des voyages spirituels, continue d’intriguer les chercheurs et les aventuriers. Au fur et à mesure que la recherche sur les psychédéliques progresse, le DMT apparaît comme une substance unique aux implications profondes et à la valeur thérapeutique potentielle.

Qu’est-ce que le DMT ?

Connu officiellement sous le nom de N,N-diméthyltryptamine, le DMT est un psychédélique puissant capable de produire des expériences intenses et de courte durée qui peuvent modifier radicalement la perception. Contrairement à d’autres psychédéliques bien connus comme le LSD ou la psilocybine, dont les effets durent plus longtemps, l’expérience du DMT atteint souvent son apogée et se termine en quelques minutes. Cette brièveté en fait un sujet d’étude scientifique intriguant, offrant un aperçu condensé des états de conscience altérés.

Historiquement, la DMT a été utilisée dans les cérémonies traditionnelles amazoniennes comme ingrédient clé de l’ayahuasca, un breuvage psychoactif ayant une profonde signification culturelle et spirituelle. Les scientifiques modernes ont isolé et étudié le DMT seul, révélant un profil complexe d’effets et d’applications potentielles. Loin d’être un psychédélique typique, le DMT a été décrit comme une « porte d’entrée » vers des réalités alternatives, les utilisateurs rapportant fréquemment des rencontres avec des entités et des scènes qui défient l’entendement conventionnel.

Pour en savoir plus :