samedi, octobre 24, 2026

La défaite du traditionalisme et l’aliénation ésotérique : la stérilité de la spéculation et l’ésotérisme comme narcotique de l’âme



1. La défaite du traditionalisme et la stérilité de la spéculation

Il existe un malentendu fondamental, dans le panorama de ce qu’on appelle le traditionalisme contemporain, qu’il nous semble nécessaire d’aborder sans ces précautions diplomatiques, sans ces égards révérenciels qui accompagnent trop souvent le traitement de sujets considérés, à tort ou à raison, comme le patrimoine exclusif de cercles initiatiques restreints. Ce malentendu consiste à avoir progressivement assimilé la connaissance de la Tradition à sa réalisation, l’adhésion intellectuelle à une vision particulière du monde à la conquête d’un état intérieur, la lecture d’une littérature plus ou moins ésotérique avec l’acquisition effective de ces qualités psychiques qui seules pourraient conférer à cette même connaissance une valeur véritablement transmutatrice. Il ne s’agit bien sûr pas de nier la valeur de la spéculation philosophique, ni de méconnaître l’importance d’un patrimoine de sagesse qui, au fil des siècles, a préservé des formes, des symboles et des indications opérationnelles d’une profondeur indéniable. Il s’agit plutôt de comprendre quelle est la limite au-delà de laquelle la pensée, cessant d’être un instrument de clarification et de discipline, devient un obstacle, une superstructure, un mode nouveau et plus raffiné par lequel le « moi » empirique perpétue sa domination. L’homme moderne, en effet, possède une extraordinaire capacité à transformer toute chose en objet de consommation, et il ne faut pas s’étonner que cette disposition ait également touché ce qui, par nature, aurait dû échapper à toute marchandisation, à toute vulgarisation, à toute réduction culturelle. La Tradition est ainsi devenue une matière à étudier, un langage à apprendre, une sensibilité esthétique particulière à afficher, voire un titre de distinction sociale et spirituelle, une sorte d’aristocratie imaginaire dans laquelle chacun peut s’attribuer une noblesse qu’aucune preuve intérieure n’a jamais réellement confirmée. On assiste ainsi à un phénomène singulier : des hommes qui discutent avec une compétence consommée d’états supérieurs de l’être, d’influences spirituelles, de hiérarchies métaphysiques, de doctrines de la libération, sans que ce patrimoine intellectuel n’ait le moins du monde modifié leur condition existentielle ordinaire. La même susceptibilité, les mêmes dépendances émotionnelles, les mêmes peurs, les ambitions habituelles du monde profane continuent de régir leur vie, tandis que le langage initiatique se charge d’offrir à cet état une justification plus élégante, un masque plus décent. Voici donc le premier élément de ce que nous avons voulu définir comme la défaite du traditionalisme : le remplacement de l’être par le savoir, de l’action intérieure par sa représentation conceptuelle, de la réalisation par la satisfaction de posséder une doctrine à ce sujet. Il ne sera pas superflu de rappeler, dans cette perspective, une distinction qui traverse différents courants de la sagesse occidentale, de l’éthique aristotélicienne au néoplatonisme, jusqu’à certaines formulations de l’ascèse initiatique moderne : celle entre une connaissance qui reste extérieure au sujet connaissant et une connaissance qui, pour être telle au sens supérieur, doit nécessairement modifier sa constitution intérieure. Il ne suffit pas de comprendre intellectuellement la nature du détachement pour être détaché, ni de posséder une théorie raffinée de la volonté pour avoir acquis une maîtrise effective sur ses propres déterminations psychiques.

Déjà Aristote, dans l’Éthique à Nicomaque, avait mis en évidence, à l’aide d’une image d’une efficacité singulière, l’inconsistance de ceux qui estiment pouvoir atteindre la vertu par le simple raisonnement, en les comparant à ces malades qui écoutent attentivement les prescriptions du médecin sans toutefois les mettre en pratique. [1]. La référence concerne bien sûr la formation de la vertu éthique et non une réalisation initiatique au sens hermétique du terme ; néanmoins, le principe qui en ressort semble particulièrement significatif pour notre propos. Combien y a-t-il, en effet, de personnes qui connaissent tous les détails d’une discipline spirituelle, qui savent disserter sur la nécessité du détachement, de la purification, de la maîtrise des passions, sans que cette connaissance n’ait jamais entraîné de modification notable de leur conduite ? Combien ont-ils substitué à la pratique une exégèse continue de cette même pratique, à la discipline sa description, à la transformation la satisfaction d’en avoir compris les présupposés ?

Le traditionaliste contemporain, lorsqu’il réduit sa recherche à une fréquentation incessante des textes, semble oublier précisément cette distinction élémentaire. Il écoute le médecin, commente ses prescriptions, compare les différentes écoles thérapeutiques, retrace leur évolution historique, mais continue de rester malade, persuadé que la familiarité avec la médecine constitue déjà une forme de guérison. Ce n’est pas la doctrine qui est stérile : c’est la relation qu’il entretient avec elle qui est stérile. On peut connaître tous les détails du symbolisme alchimique, interpréter avec subtilité les figures de Mercure et du Soufre, disserter sur les noces chimiques et la réintégration de l’Androgyne primordial, sans avoir jamais entamé cet opus remotionis qui devrait, au préalable, libérer le composé humain de ses propres identifications. On peut connaître la doctrine de l’Atman, la métaphysique de l’Un, les hiérarchies de la manifestation, sans avoir jamais fait l’expérience d’un seul instant de véritable silence intérieur. Et alors, nous demandons-nous, quelle différence substantielle existe-t-il entre l’érudit ordinaire, qui accumule des notions pour satisfaire une curiosité culturelle, et le soi-disant initié qui accumule des doctrines pour nourrir une vanité spirituelle plus subtile ? La différence, bien trop souvent, n’est que terminologique, la bibliothèque ayant remplacé le laboratoire, la citation l’expérience, le commentaire l’ascèse. Non pas parce que les livres sont inutiles, mais parce que l’homme a perdu le sens de leur fonction subordonnée, confondant la description d’une Voie avec son parcours effectif.

2. De la connaissance à la réalisation

Si Aristote nous a permis de mettre en évidence la distance entre la connaissance et la transformation de la conduite, avec Plotin, notre propos peut prendre une connotation plus proprement métaphysique, abordant directement le problème de la purification de l’âme et de sa capacité à se hisser vers un état supérieur. Dans les Ennéades, le philosophe néoplatonicien recourt à une image particulièrement efficace, celle du sculpteur qui, en travaillant une statue, élimine le superflu, corrige les déséquilibres, lisse ce qui semble encore informe, jusqu’à permettre à la beauté de se manifester [2]. Il n’est pas difficile de reconnaître dans cette représentation un principe qui, bien qu’appartenant à une perspective philosophique précise, peut être rapproché de la conception hermétique de l’œuvre intérieure : non pas l’accumulation indéfinie de connaissances, d’images, de représentations, mais un processus de soustraction, de purification, de libération progressive de tout ce qui empêche l’âme de reconnaître sa propre nature. L’homme n’est donc pas appelé à s’ajouter sans cesse quelque chose à lui-même, comme si l’épanouissement consistait à enrichir sa personnalité par l’acquisition de qualités spirituelles supplémentaires. Il doit plutôt apprendre à reconnaître tout ce qui, d’étranger, de superposé, de purement acquis, conditionne son existence. Et c’est précisément à ce moment précis que la quête revêt un caractère bien différent de celui qu’on lui attribue couramment. Il ne s’agit plus de la conquête d’un pouvoir, ni de la possibilité d’accéder à des expériences extraordinaires, ni de l’acquisition d’une identité initiatique, mais d’un dépouillement qui touche la structure même du « moi », remettant en question ses prétentions, ses identifications, les innombrables modalités par lesquelles il perpétue sa propre centralité. Il y a, dans cette perspective, quelque chose de profondément incompatible avec la mentalité de l’occultisme contemporain, toujours à la recherche de nouvelles facultés, de nouvelles expériences, de nouvelles possibilités d’épanouissement de la personnalité. Plotin appelle, au contraire, à une purification qui ne peut être remplacée par aucune représentation intellectuelle. Le sculpteur ne modifie pas la statue en disant la beauté, mais en intervenant sur la matière ; de même, l’individu ne transforme pas sa condition intérieure par la simple connaissance des doctrines relatives à l’âme. On ajoute sans cesse ce qui, peut-être, devrait être éliminé au préalable.

Une réflexion particulièrement importante, dans le cadre de la distinction entre spéculation et réalisation, nous est également offerte par Jamblique, qui, dans le De Mysteriis, aborde une question qui, bien qu’appartenant à la spécificité de la théurgie néoplatonicienne, touche directement au problème de la possibilité d’une union effective avec le Divin. Il distingue en effet nettement la compréhension intellectuelle des principes de leur mise en œuvre théurgique, en observant que la simple pensée ne suffit pas à établir cette union particulière qui constitue la fin de l’opération sacrée [3]. L’argumentation possède une force difficile à éluder : si la connaissance théorique suffisait à produire l’union avec les Dieux, pour quelle raison les philosophes voués à la seule spéculation ne devraient-ils pas y parvenir par leur propre exercice intellectuel ? Cette question, formulée dans le cadre d’une controverse philosophico-religieuse précise, conserve une actualité singulière. S’il suffisait de connaître les doctrines de la libération pour être libéré, de comprendre le symbolisme de la réintégration pour être réintégré, de posséder une conception articulée de la transcendance pour l’avoir effectivement réalisée, toute la question initiatique pourrait se résumer à un problème d’instruction, de capacité d’interprétation, de familiarité plus ou moins grande avec une littérature donnée : nous n’aurions plus besoin de qualification, de discipline, de transformation, mais seulement de bibliothèques suffisamment bien fournies. Jamblique, cependant, ne se contente pas d’affirmer l’insuffisance de la connaissance discursive ; il attribue également aux actes théurgiques et aux symboles ineffables une efficacité particulière qui ne dépend pas uniquement de l’activité intellectuelle de celui qui les accomplit, mais de la puissance divine à laquelle ces actes et ces symboles appartiennent. Cette distinction rend encore plus évidente la distance qui sépare une conception sacrée de l’action du ritualisme contemporain, dans lequel la formule est souvent réduite à un instrument de pouvoir personnel, à une technique destinée à satisfaire des désirs, à un procédé par lequel l’individu prétend plier l’invisible à ses propres besoins. La dégradation ne réside pas seulement dans l’éventuelle altération des formes, mais dans le renversement de la disposition intérieure. Ce qui devrait ramener l’homme à un principe supérieur est subordonné à sa personnalité empirique ; ce qui devrait exiger une qualification devient un objet de consommation ; ce qui devrait contribuer au dépassement de l’individualité est utilisé pour en accroître les prétentions.

Nous ne sommes plus face à une pratique sacrée, mais à une forme particulière d’utilitarisme occultiste ; la question de la pratique ne pouvant être résolue par l’opposition simpliste entre théorie et rite, mais exigeant de comprendre quel est le fondement de l’action, quelle est sa finalité, quelle est la relation entre l’opérateur et ce qu’il prétend évoquer. Sinon, on n’aura fait que remplacer la superstition du livre par celle de la formule, et l’homme, une fois encore, sera resté inchangé.

3. Le malentendu de la Tradition, la fausse aristocratie de l’esprit et l’exigence opérationnelle oubliée

Il est relativement simple de se sentir aristocratique lorsqu’on est persuadé d’appartenir à une minorité spirituellement privilégiée ; il est bien moins simple de faire preuve de cette souveraineté intérieure qui devrait faire de cette appartenance autre chose qu’une illusion compensatoire. L’aristocratie de l’esprit, en effet, ne se proclame pas, ne s’hérite pas d’une bibliothèque, ne s’acquiert pas par affinité idéologique. Si l’on veut conserver à cette expression une signification qui ne soit pas purement rhétorique, elle devrait se manifester par la maîtrise de soi, l’indépendance vis-à-vis des suggestions collectives, la capacité à ne pas se laisser submerger intérieurement par les événements, les passions ou ses propres représentations. Sinon, nous n’aurons qu’une nouvelle forme de bourgeoisie spirituelle, d’autant plus insidieuse qu’elle est davantage convaincue de sa propre supériorité. Il y a quelque chose de presque grotesque dans l’attitude de ceux qui, après avoir dénoncé pendant des années l’égalitarisme moderne, finissent par revendiquer une sorte de droit automatique à la dignité initiatique, à condition de partager certaines lectures, de fréquenter certains milieux, de répéter des formules particulières. L’initiation devient une référence, la Tradition une appartenance, la différenciation une posture. Le problème touche à une disposition plus générale de l’homme contemporain, qui semble incapable d’aborder une discipline sans la transformer en identité, une connaissance sans en prendre possession, une forme spirituelle sans en tirer une gratification personnelle. Et c’est là que l’échec revêt un caractère encore plus profond, car il ne concerne plus seulement la dégénérescence d’une école ou l’incompréhension d’une doctrine, mais l’incapacité même de distinguer ce qui relève de la personnalité de ce qui devrait conduire à son dépassement.

Une réflexion similaire, tout en tenant compte de la distinction nécessaire entre les perspectives doctrinales respectives, peut être développée à propos de l’hermétisme opératif, qui est souvent réduit, avec une superficialité que nous ne pouvons partager, à un ensemble de techniques, de prescriptions rituelles, de formules et de pratiques capables d’assurer, presque mécaniquement, des résultats déterminés. À cet égard, on ne saurait ignorer à quel point la question de la volonté, de l’éducation des facultés humaines, de la discipline et de la disposition intérieure est centrale tant dans l’économie d’une vision traditionnelle que dans la réalisation hermétique [5]. Pourtant, même dans ce domaine, il n’est pas difficile de reconnaître le risque d’une extériorisation progressive de la pratique, par laquelle la valeur de l’opération est transférée de l’opérateur à l’instrument, de la qualification à la formule, de l’état d’âme à la procédure. On finit donc par attribuer à un mot particulier, à une disposition cérémonielle déterminée, à un ensemble de correspondances symboliques, cette puissance qui, dans la perspective même d’une discipline hermétique, ne saurait être considérée indépendamment de la constitution et de la préparation de celui qui agit. Nous ne voulons pas, pour autant, nier la spécificité de la technique rituelle, ni soutenir que toute formalité puisse être arbitrairement remplacée par une disposition subjective générique. Une telle conclusion conduirait à un sentimentalisme spiritualiste non moins équivoque que la mécanisation que nous entendons critiquer. Le problème est ailleurs : aucune régularité extérieure ne peut être considérée, isolément, comme la preuve d’une véritable transformation intérieure. Un individu peut observer scrupuleusement une discipline tout en restant profondément subordonné à ses propres passions ; il peut connaître des formules et des correspondances sans posséder la moindre capacité à observer le mouvement de sa propre pensée ; il peut appartenir à une structure initiatique sans avoir jamais affronté cette solitude intérieure dans laquelle les justifications habituelles du « moi » s’effondrent.

Ce qui devrait être un instrument de réintégration devient une habitude, ce qui devrait exiger de la présence se transforme en automatisme, ce qui devrait contribuer à la libération de l’homme finit par constituer une nouvelle dépendance. On pourra objecter que toute discipline présuppose une forme, une répétition, une continuité méthodique. Certes. Mais c’est précisément pour cette raison qu’il faut distinguer la répétition consciente, qui éduque et rassemble les facultés, de la répétition mécanique, qui rassure la personnalité sans la modifier. Il ne suffit pas d’accomplir une opération : il faut se demander qui, en réalité, l’accomplit. S’agit-il de l’homme éveillé, présent, intérieurement recueilli, ou bien s’agit-il du même ensemble de désirs, de peurs et de représentations qui régit chaque autre instant de son existence ? Cette question, en apparence simple, recèle une difficulté qu’aucun formulaire ne saurait résoudre. Si l’opérateur ne change pas, s’il n’acquiert pas une plus grande liberté vis-à-vis de ses propres déterminations, si sa relation au monde continue d’être régie par la même structure égoïque, quelle signification pourrons-nous attribuer à sa prétendue efficacité ? Nous disposerons peut-être d’une technique, d’une habitude, d’un système de suggestions ; mais nous pourrons difficilement parler de réalisation. La véritable question n’est donc pas de déterminer combien d’opérations ont été accomplies, combien de formules connues, combien de degrés atteints, mais quelle transformation s’est opérée dans la nature de l’individu. Sans cette vérification, même l’hermétisme risque de devenir une forme particulière de collectionnisme spirituel.

4. L’ésotérisme, narcotique de l’âme

Si la stérilité de la spéculation constitue l’une des manifestations les plus évidentes de la crise du traditionalisme, il existe un autre aspect, peut-être encore plus inquiétant, qui touche directement la dimension psychique de l’homme contemporain : la transformation de l’ésotérisme en un véritable narcotique de l’âme, en une forme particulière d’aliénation qui, loin de favoriser l’éveil des facultés supérieures, contribue à consolider ces conditions de passivité, de dépendance et de dispersion intérieure dont toute discipline authentique devrait permettre la libération. Nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire de s’attarder excessivement sur la prolifération de soi-disants maîtres, médiums, canaliseurs, guérisseurs spirituels, d’interprètes de prétendues communications d’outre-tombe, de gardiens de mémoires cosmiques improbables, dont l’activité occupe aujourd’hui une part considérable de ce marché de l’occulte qui, grâce aux outils modernes de communication, a atteint des dimensions difficilement imaginables il y a seulement quelques décennies. Ce qui nous intéresse le plus, cependant, ce n’est pas tant la variété des manifestations, souvent grotesques, de ce phénomène, que la disposition intérieure qui rend possible sa diffusion.

Pourquoi l’homme cherche-t-il obstinément une voix qui lui parle depuis l’invisible ? Pour quelle raison ressent-il le besoin de confier son existence à des entités présumées, des guides, des maîtres désincarnés, des intelligences cosmiques, alors qu’il ne parvient même pas à reconnaître avec suffisamment de lucidité les suggestions qui déterminent quotidiennement sa pensée ?

Il ne s’agit évidemment pas d’une question marginale, car à la racine de ce comportement se trouve une incapacité fondamentale à supporter le poids de sa propre individualité, un besoin presque pathologique de transférer ailleurs le centre de ses décisions, de ses responsabilités, de ses aspirations. L’homme qui ne sait pas se gouverner lui-même cherche quelqu’un pour le gouverner, et lorsque les autorités religieuses, politiques ou sociales ordinaires ne s’avèrent plus suffisamment persuasives, il se tourne vers l’invisible, conférant à ses propres représentations une dignité transcendante. L’aliénation s’accomplit précisément à ce stade : ce qui naît de sa propre condition psychique est projeté vers l’extérieur, considéré comme une réalité supérieure, vénéré comme une autorité, pour être finalement réintégré dans l’intériorité sous forme d’ordre, de révélation, de destin, l’individu finissant ainsi par obéir à ce qu’il contribue lui-même, consciemment ou non, à produire.

Nous n’entendons pas affirmer que toute expérience inhabituelle de la conscience soit nécessairement imputable à un mécanisme d’autosuggestion, ni prétendre résoudre en quelques lignes des questions qui relèvent de la psychologie, de l’histoire des religions et de la phénoménologie de l’expérience mystique. Nous souhaitons plutôt souligner qu’aucune origine prétendument suprasensible ne peut constituer, en soi, une garantie de vérité, d’authenticité ou, surtout, de supériorité spirituelle. Une voix intérieure ne devient pas divine du simple fait qu’elle est perçue comme étrangère à la pensée ordinaire ; une expérience visionnaire ne constitue pas une réalisation initiatique ; une émotion intense, même accompagnée d’images lumineuses, de sensations d’expansion ou d’états de conscience particuliers, ne témoigne en rien d’une acquisition de liberté intérieure. Et pourtant, c’est précisément sur ces malentendus que prospère une partie considérable du néo-spiritualisme contemporain. On confond l’intensité avec la profondeur, l’exceptionnel avec la transcendance, la suggestion avec l’intuition, le bouleversement émotionnel avec la transformation de l’âme. Il en résulte une spiritualité de l’excitation, une quête incessante d’expériences qui doivent être toujours nouvelles, toujours plus captivantes, toujours plus extraordinaires, afin que l’individu puisse continuer à ressentir cette satisfaction particulière qu’il confond avec le progrès spirituel. Comme c’est le cas avec toute forme de stupéfiant, le soulagement momentané n’élimine pas la cause de la dépendance, mais peut contribuer à la perpétuer. L’ésotérisme, dans ce contexte, ne libère pas de la condition ordinaire : il la rend simplement plus supportable, en la recouvrant d’images suggestives, de promesses métaphysiques, de rassurances cosmiques. La médiumnité constitue, dans le cadre de notre réflexion, un phénomène particulièrement significatif, non pas tant en raison des différentes interprétations qui peuvent être formulées quant à la nature des manifestations qui lui sont attribuées, mais plutôt en raison de la relation particulière qui s’établit fréquemment entre l’individu et la source présumée de la communication. Le médium, est en effet présenté comme un intermédiaire, comme un instrument par lequel une réalité différente de celle qui est habituellement perceptible pourrait se manifester. Mais c’est précisément cette condition d’instrumentalisation, lorsqu’elle entraîne une diminution de la vigilance et de la capacité critique, qui devrait susciter les plus grandes réserves chez quiconque conçoit la Voie spirituelle comme l’acquisition de la présence, de la centralité et de la maîtrise intérieure. On ne comprend pas pour quelle raison une condition de passivité accrue devrait être considérée comme supérieure à une condition de conscience éveillée. On ne comprend pas, surtout, en quoi le renoncement à sa propre autonomie pourrait constituer une forme de libération.

Un témoignage d’un intérêt singulier, que nous jugeons particulièrement significatif pour la question que nous abordons, nous est transmis par Eunape de Sarde dans les Vies des philosophes et des sophistes, à propos de la figure de Jamblique, le grand philosophe néoplatonicien auquel nous avons déjà eu l’occasion de faire référence en traitant de l’activité théurgique. Eunape raconte qu’un prêtre égyptien, au cours d’une invocation, aurait fait apparaître Apollon, suscitant chez les personnes présentes émerveillement et vénération. Jamblique, cependant, loin de se laisser impressionner par cette prétendue manifestation divine, aurait reconnu dans cette figure non pas le dieu invoqué, mais l’apparition d’un homme qui, au cours de son existence terrestre, avait combattu en tant que gladiateur [7]. Cet épisode, quel que soit le jugement que l’on puisse porter sur son authenticité historique, présente un intérêt qui transcende le caractère merveilleux du récit. Ce qui importe ici, ce n’est pas de déterminer si Jamblique possédait réellement la faculté de distinguer les différentes natures des apparitions, mais bien de comprendre le principe qu’Eunape entend mettre en évidence : la perception sensible d’une manifestation, aussi extraordinaire soit-elle, ne garantit en rien la connaissance de sa nature authentique. Une apparition peut revêtir les traits du Divin sans pour autant participer à son essence. Il s’agit là d’une distinction fondamentale, qui devrait inciter à une bien plus grande prudence tous ceux qui, encore aujourd’hui, attribuent automatiquement une origine supérieure à tout phénomène semblant échapper aux modalités ordinaires de la perception. Dans le récit d’Eunape, en effet, ceux qui assistent à l’évocation restent fascinés par la forme apparente, tandis que Jamblique est présenté comme celui qui ne s’arrête pas à la manifestation, mais en discerne la nature. L’opposition ne se situe pas simplement entre la crédulité et le scepticisme, mais entre deux modes de connaissance différents : l’un subordonné à l’impression sensible, l’autre capable, du moins selon la perspective de l’auteur antique, de ne pas se laisser tromper par l’image. C’est précisément cette distinction que l’occultisme moderne semble avoir largement perdue de vue. Le médium qui déclare communiquer avec une divinité, le canaliseur qui prétend recevoir des enseignements d’un maître ascensionné, le visionnaire qui reconnaît dans ses propres expériences la présence d’intelligences supérieures, semblent souvent considérer le caractère extraordinaire du phénomène comme une preuve suffisante de son origine.

Mais quel critère permet de distinguer une manifestation authentiquement spirituelle d’une représentation psychique, d’un phénomène illusoire ou d’une construction de l’imagination ? Certainement pas la magnificence des images, ni la solennité des noms évoqués, ni l’intensité émotionnelle qui accompagne l’expérience. L’épisode rapporté par Eunape revêt ainsi une signification presque emblématique : on peut croire contempler Apollon et se retrouver, selon le récit, face à l’image d’un gladiateur défunt. La distance entre ce qui apparaît et ce qui est peut s’avérer infiniment plus grande que ce que l’enthousiasme de celui qui pratique cette technique est prêt à admettre. Il ne faut pas non plus croire que le problème puisse être résolu par une classification plus élaborée des entités, une meilleure connaissance des hiérarchies invisibles ou l’acquisition de techniques d’évocation supplémentaires. Le risque est, une fois encore, de substituer au discernement une construction intellectuelle, à la présence une suggestion, à la connaissance une nouvelle forme de croyance. La signification la plus profonde de cet épisode ne consiste donc pas à inviter l’homme à rechercher des apparitions plus authentiques, mais à lui rappeler la nécessité de ne pas confondre le caractère exceptionnel d’une expérience avec sa valeur spirituelle. Une apparition n’est pas une réalisation ; une vision n’est pas une conquête de l’âme ; une manifestation de l’invisible, même si l’on admettait sa réalité effective, ne constituerait pas en soi une preuve d’élévation intérieure. Et c’est peut-être précisément dans cette distinction élémentaire que réside l’un des critères les plus rigoureux permettant de juger la prolifération actuelle des expériences médiumniques et des prétendues révélations d’outre-tombe : non pas ce que l’individu affirme avoir vu, mais la qualité de la conscience avec laquelle il prétend l’avoir reconnu, car l’homme qui ne sait pas distinguer ses propres suggestions de la réalité risque d’attribuer une dignité divine même aux images de sa propre captivité.

Le malentendu apparaît encore plus clairement dans le phénomène des soi-disant « canalisations », par lesquelles des individus d’horizons divers déclarent recevoir des enseignements d’entités spirituelles, de maîtres cosmiques, d’intelligences appartenant à d’autres plans de l’existence. La question fondamentale, à notre avis, ne consiste pas à formuler une condamnation sans distinction de toute expérience subjective, mais à se demander quel est le critère permettant de reconnaître l’authenticité d’une telle communication. Sa provenance déclarée ? Son contenu apparemment élevé ? L’émotion particulière qu’elle suscite chez l’auditeur ? L’assurance avec laquelle le canal affirme posséder un contact privilégié ?

Aucun de ces éléments ne semble suffisant. Les différents récits du spiritisme moderne montrent, à tout le moins, à quel point les révélations attribuées à de prétendues autorités invisibles peuvent être mutuellement incompatibles. Chaque entité semble posséder sa propre cosmologie, chaque maître désincarné une interprétation particulière du destin humain, chaque médium une hiérarchie différente de plans, de vibrations et de dimensions ; et le fidèle, plutôt que de s’interroger sur la nature de ces contradictions, préfère souvent adopter la version de l’invisible qui répond le mieux à ses attentes. Il ne s’agit plus d’une quête de la vérité, mais d’une sélection de consolations. Le phénomène revêt même des aspects paradoxaux lorsque les communications prétendument d’outre-tombe finissent par reproduire, avec une fidélité impressionnante, le langage, les préoccupations, les modes culturels et les aspirations du milieu dans lequel elles sont formulées. L’invisible semble parler de plus en plus souvent la langue du présent, en partageant ses banalités, ses suggestions et même ses exigences commerciales.

A-t-on vraiment besoin d’invoquer un maître cosmique pour s’entendre répéter qu’il faut s’aimer soi-même, cultiver des pensées positives, abandonner les énergies négatives et faire confiance à l’Univers ? Et quel serait, dans tout cela, le caractère proprement initiatique ? L’homme d’autrefois, du moins selon ces formulations traditionnelles qui reconnaissaient à la discipline intérieure une valeur essentielle, était appelé à affronter une épreuve, à acquérir une qualification, à transformer sa propre nature. L’homme néo-spiritualiste, en revanche, semble de plus en plus souvent invité à se reconnaître déjà parfait, déjà divin, déjà participant d’une réalité supérieure, à condition qu’il apprenne à accueillir le message opportun. La conquête est remplacée par la reconnaissance, l’ascèse par l’acceptation, la discipline par l’émotion. Le mouvement dit « New Age », dans ses multiples facettes et ses transformations commerciales successives, représente peut-être l’expression la plus évidente de cette vulgarisation du Sacré qui a progressivement effacé toute distinction entre discipline spirituelle, bien-être psychologique, divertissement et consommation.

Nous ne voulons pas nier ici que, au sein d’un panorama extrêmement hétérogène, puissent exister des individus sincèrement engagés dans une quête intérieure. Ce serait une généralisation abusive. Ce qui nous intéresse davantage, c’est la logique culturelle par laquelle des symboles, des doctrines et des pratiques appartenant à des contextes différents sont extraits de leurs traditions respectives, recomposés de manière arbitraire et proposés comme des outils immédiats de transformation personnelle. Un peu d’hermétisme, quelques références au bouddhisme, une conception générique de l’énergie universelle, certaines formules empruntées au yoga, des suggestions chamaniques, l’astrologie psychologique, les cristaux, les fréquences vibratoires, les prétendus souvenirs d’existences antérieures : tout peut contribuer à la construction d’un système individuel, dans lequel le critère de choix n’est plus la cohérence doctrinale, ni une discipline vérifiable, mais la satisfaction particulière que chaque élément procure au consommateur. Le syncrétisme, lorsqu’il n’est pas accompagné d’une compréhension rigoureuse des principes, devient ainsi une forme de désordre, une confusion que l’on confond avec l’universalisme. Toute différence est abolie, toute incompatibilité surmontée par des formules suffisamment vagues, toute doctrine réduite à une affirmation générique de l’unité du Tout. Il s’agit d’une universalité apparente, dans laquelle rien n’est réellement approfondi car tout doit pouvoir être immédiatement assimilé.

Le mot « énergie » lui-même, utilisé indifféremment pour désigner des phénomènes physiques, des émotions, des influences spirituelles présumées et des états de conscience, devient un réceptacle dépourvu de toute qualification conceptuelle précise. Il explique tout précisément parce que, dans cet usage, il ne définit presque rien. La banalisation du langage s’accompagne donc de la banalisation de l’expérience. Ce qui exigeait autrefois de l’étude, de la discipline, de la persévérance et une disposition intérieure particulière est aujourd’hui présenté comme accessible par le biais de séminaires, de parcours accélérés, de certifications, d’activations énergétiques et de reconnaissances qui semblent reproduire, avec une fidélité singulière, les logiques du marché professionnel. On peut devenir praticien, maître, guérisseur ou gardien de savoirs particuliers en accumulant des attestations et des qualifications dont l’efficacité spirituelle reste, dans la plupart des cas, simplement présupposée. L’initiation, réduite à une certification, perd tout caractère de transformation ontologique.

Le plus singulier, c’est que ce marché prospère précisément grâce à la promesse de libérer l’homme des contraintes de la modernité, alors qu’il en reproduit intégralement les mécanismes fondamentaux : consommation, compétition, recherche de gratification, construction de l’image personnelle, besoin de reconnaissance. Le sujet qui prétend échapper au matérialisme contemporain finit par acquérir une nouvelle identité spirituelle, accompagnée d’outils, de symboles, d’expériences et de références. Il n’est pas sorti du marché ; il en a simplement fréquenté un rayon différent.

Mais le véritable problème, celui que nous estimons le plus digne d’attention, ne réside pas exclusivement dans la fausseté de certains enseignements, dans l’inconsistance de certaines pratiques ou dans l’autorité discutable de certains maîtres. Le problème réside dans la possibilité que toute la quête spirituelle soit absorbée par la structure égoïque de l’individu, devenant ainsi un instrument par lequel celle-ci perpétue, sous des formes apparemment supérieures, ses propres besoins ordinaires. Le « moi » ne disparaît pas parce qu’on le déclare illusoire ; il n’est pas dépassé parce qu’on connaît une doctrine de la non-dualité, ni parce qu’on répète des formules relatives au détachement, à la vacuité, à la transcendance : il peut, au contraire, s’approprier ces notions, en les utilisant pour se construire une nouvelle image de soi, plus raffinée, plus autoritaire, plus résistante à toute vérification critique. On aura ainsi l’homme qui se croit supérieur parce qu’il a compris le caractère illusoire du monde, mais qui continue d’être dominé par les contrariétés quotidiennes les plus banales ; celui qui prône le détachement et ne supporte pas la moindre critique ; celui qui disserte sur l’anéantissement de l’ego et exige une reconnaissance constante de sa supériorité spirituelle. La contradiction, dans ces cas-là, n’est pas fortuite : elle constitue le signe d’une connaissance qui n’a pas réussi à s’incarner dans la vie, l’ésotérisme s’étant transformé en un système de défense de la personnalité. La dimension spirituelle, au lieu d’exposer l’individu à la dureté d’une confrontation avec lui-même, lui offre de nouveaux outils pour éviter cette confrontation. Tout échec peut être attribué à des influences négatives, tout conflit à une prétendue incompatibilité énergétique, toute difficulté à un destin karmique, toute critique à l’incompréhension de ceux qui ne possèdent pas l’évolution nécessaire : le « moi » reste ainsi soustrait à toute responsabilité. Il n’y a plus d’erreur à reconnaître, mais seulement une vibration à corriger ; il n’y a pas de faiblesse à affronter, mais un blocage énergétique à éliminer ; il n’y a pas de passion à maîtriser, mais une blessure à confier à une nouvelle démarche spirituelle.

L’introspection elle-même peut être remplacée par une interprétation symbolique incessante de sa propre existence, à travers laquelle chaque événement devient un message, chaque coïncidence un signe, chaque désir une indication de la destinée. L’homme ne vit plus le monde : il l’interprète sans cesse, y cherchant des confirmations de son caractère exceptionnel. Il s’agit là, à notre avis, de l’une des formes les plus subtiles d’aliénation ésotérique, par laquelle ce n’est pas l’abandon de la spiritualité, mais son utilisation comme instrument d’évasion de la réalité ; ce n’est pas la négation du Sacré, mais son évocation constante pour se soustraire aux exigences les plus élémentaires de la conscience.

On est entouré de symboles et on reste incapable de voir ; on parle sans cesse d’éveil et on continue de dormir.

5. Le retour à la présence : au-delà de la fascination pour l’occulte

Nous ne pensons pas que la crise décrite jusqu’ici puisse être surmontée par la fondation d’une nouvelle école, l’élaboration d’un nouveau système doctrinal ou la simple restauration de formes traditionnelles dont la compréhension effective s’est perdue. Il serait d’ailleurs singulier de prétendre résoudre l’excès de spéculation par une nouvelle spéculation, ou la prolifération des appartenances initiatiques par la création d’une nouvelle appartenance. Le problème exige, avant tout, un changement de disposition. Il faut que l’individu reconnaisse à nouveau la distance qui sépare ce qu’il connaît de ce qui est réellement, sans combler cette distance par des représentations consolatoires, sans s’attribuer des qualités qu’il ne possède pas, sans recourir à des autorités extérieures pour se soustraire à la nécessité d’une vérification intérieure. La présence à soi-même, entendue non pas comme une attention psychologique générique, mais comme une acquisition progressive de lucidité vis-à-vis de ses propres déterminations, constitue, dans la perspective que nous entendons défendre ici, une condition préalable à tout travail psychique sérieux. Ce n’est ni une conquête définitive, ni une formule à répéter, ni un nouveau titre spirituel, mais une discipline qui s’applique à la vie quotidienne, aux relations humaines, aux réactions émotionnelles, à la capacité d’observer sans s’identifier immédiatement à ce qui est observé.

Il est relativement simple de se sentir maître de soi dans le recueillement d’une pièce silencieuse, entouré des symboles de sa tradition particulière ; il est bien plus difficile de conserver cette même maîtrise de soi lorsque les circonstances quotidiennes contredisent nos désirs, lorsqu’un mot blesse notre vanité, lorsqu’un événement imprévu remet en question nos certitudes. Et c’est précisément dans de telles circonstances, souvent méprisées par ceux qui recherchent des expériences exceptionnelles, que peut se manifester la véritable consistance d’une discipline intérieure. Nous ne voulons pas, pour autant, réduire la réalisation spirituelle à une forme d’équilibre psychologique ou de modération morale ordinaire. Ce serait une erreur similaire à celles que nous avons dénoncées. Nous voulons simplement réaffirmer qu’aucune prétention à la transcendance ne peut servir d’alibi à l’absence d’une maîtrise élémentaire de ses propres réactions. Celui qui ne se maîtrise pas lui-même peut difficilement prétendre posséder une connaissance supérieure. Celui qui dépend continuellement du jugement d’autrui, de la gratification, de la suggestion et de la peur, devrait s’interroger sur sa propre condition avant de s’attribuer une dignité initiatique particulière. Il ne suffit pas de proclamer la supériorité de l’Esprit sur la matière lorsque l’on continue d’être gouverné par la moindre sollicitation de son environnement.

La Tradition, si l’on souhaite encore employer ce terme dans un sens qui ne soit pas purement culturel, ne devrait pas constituer un recueil de souvenirs, mais un rappel de la nécessité d’une transformation ; or, cette transformation ne peut être déléguée : aucun maître, aucune formule, aucune organisation, aucune révélation ne pourra se substituer à ce que l’individu doit affronter au plus profond de lui-même. La connaissance pourra indiquer, le symbole suggérer, la discipline contribuer à former une disposition, mais le passage de l’illusion à la présence ne pourra s’accomplir par une simple adhésion intellectuelle.

6. L’échec d’une spiritualité sans transformation

L’échec du traditionalisme ne coïncide donc pas nécessairement avec la crise des doctrines traditionnelles, ni avec la disparition de leur valeur philosophique ou symbolique. Elle se manifeste plutôt par l’incapacité de ceux qui prétendent les représenter à traduire ce patrimoine en une qualité d’existence différente. De même, l’aliénation ésotérique ne consiste pas seulement à adhérer à des pratiques discutables ou à accepter des croyances dépourvues de fondement adéquat, mais à remplacer progressivement la réalité intérieure par une représentation imaginaire de celle-ci. Le traditionaliste qui se complaît dans sa propre érudition et le néo-spiritualiste qui recherche sans relâche des communications avec l’invisible peuvent, à première vue, apparaître comme des figures profondément différentes. Le premier méprise souvent ce que le second vénère ; le second considère parfois comme dépassée cette rigueur doctrinale à laquelle le premier attribue une valeur absolue ; pourtant, tous deux peuvent partager une même subordination : le besoin de ne pas se rencontrer eux-mêmes. L’un se réfugie dans la doctrine, l’autre dans l’expérience ; l’un accumule des concepts, l’autre des sensations ; l’un cherche des confirmations dans l’autorité des textes, l’autre dans les paroles d’entités prétendument supérieures. Dans l’un et l’autre cas, ce qui devrait constituer un instrument de libération peut devenir un moyen d’évasion. Telle est la contradiction que nous avons voulu mettre en évidence. Il ne suffit pas de posséder une métaphysique pour vivre métaphysiquement, ni de connaître une discipline initiatique pour être initié, ni de fréquenter l’occulte pour avoir acquis une plus grande profondeur spirituelle. La véritable question ne porte pas sur ce que l’homme prétend savoir, mais sur ce qu’il est devenu à travers sa propre quête.

Lorsque cette question est éludée, lorsque la connaissance se transforme en ornement, le rite en habitude, la méditation en gratification, l’invisible en consolation, toute la construction spirituelle risque de devenir une architecture raffinée de l’illusion. Il ne faut donc pas une autre doctrine, il ne faut pas un nouveau maître, mais il faut avant tout le courage de reconnaître sa propre condition, sans lui attribuer une dignité qu’elle ne possède pas, sans la masquer par des symboles, sans recourir aux possibilités infinies de l’imagination ésotérique. C’est peut-être précisément ce qui manque le plus à notre époque : non pas la connaissance, dont nous disposons même en quantité excessive, mais la capacité à supporter les conséquences intérieures de ce que nous prétendons connaître.

La spéculation peut se poursuivre indéfiniment, la littérature initiatique se multiplier, les écoles se succéder, les médiums recevoir de nouvelles communications, les canaliseurs annoncer de nouvelles révélations. L’homme, quant à lui, peut rester inchangé et cela, plus que toute autre considération, représente la véritable défaite.

Luca Valentini

Source : Pagine Filosofali via Voxnr

Notes et références bibliographiques :

[1] Aristote, Éthique à Nicomaque, II, 4, 1105b 12–18.

[2] Plotin, Les Ennéades, I, 6, 9 (Sur le beau) : la comparaison avec le sculpteur illustre le processus de purification de l’âme par l’élimination de ce qui fait obstacle à sa beauté intérieure.

[3] Jamblique, De Mysteriis, II, 11. Ce passage distingue la connaissance intellectuelle de l’union théurgique et attribue aux actes sacrés et aux symboles ineffables une efficacité particulière, qui ne se réduit pas à la seule activité rationnelle.

[4] Groupe d’Ur, Introduction à la magie, vol. I, Éditions Méditerranées, Rome. Voir les contributions sur les disciplines de la concentration, du silence et de la transformation intérieure ; pour une vue d’ensemble de la conception traditionnelle, voir également Julius Evola, Révolte contre le monde moderne, Éditions Méditerranées, Rome.

[5] Giuliano Kremmerz, Éléments de magie naturelle et divine, dans La Science des Mages, vol. I, Éditions Méditerranées, Rome. Voir les enseignements relatifs à l’éducation de la volonté, à la discipline hermétique et à la distinction entre recherche opérationnelle et spiritisme empirique.

[6] Luca Valentini, « Qualification rituelle et sens du sacré : la prière en tant qu’action magique », dans *Vie della Tradizione*, n° 158, mai-août 2011. Cet essai constitue un précédent de l’approche développée ici, notamment en ce qui concerne le rapport entre qualification rituelle, présence consciente et critique du néo-spiritualisme.

[7] Eunape de Sarde, Vies des philosophes et des sophistes (Vitae sophistarum), épisode de l’apparition d’Apollon et du gladiateur dans la tradition biographique sur Jamblique ; cf. W. C. Wright (éd.), Philostratus and Eunapius : The Lives of the Sophists, Loeb Classical Library, 1922. Ce récit constitue un témoignage biographique antique à caractère également hagiographique, et non une preuve historique de l’événement.


samedi, septembre 26, 2026

Amélie Nothomb : "J'ai connu la séparation absolue du corps et de l'âme ; la dissociation c'est une horreur...

(...) Je pense que je suis très réceptrice, souvent je me sens comme une antenne radio ; c'est certainement une forme d'état de conscience modifié et une tentative de délivrance..."




L'année dernière, Amélie Nothomb se confiait devant les caméras : elle révélait l'aspect très ténébreux, voir criminel, de sa famille maternelle (une grand-mère "sorcière" faisant ré-ingurgiter son vomi à une enfant), affirmant que sa mère était totalement dissociée au point de la qualifier de « Dr Jekyll & Mr Hyde »...

Nous savons qu'un enfant grandissant auprès d'un parent fractionné/dissocié subira malheureusement des séquences de vie traumatiques, pouvant entraîner, tel un cercle vicieux transgénérationnel, un trouble dissociatif de l'identité chez la progéniture en contact permanent avec « la bête ».

On apprend à présent qu'Amélie Nothomb a elle même souffert d'une sévère anorexie et de troubles dissociatifs visiblement tout aussi sévères : séparation du corps et de l'âme.

Amélie Nothomb a-t-elle récupéré l'ensemble de ses mémoires traumatiques ?

Notons que son grand-oncle paternel, Charles-Ferdinand Nothomb, a été cité par le témoin X3 de l'affaire Dutroux comme ayant participé à une « chasse » (les vrais savent). Également membre émérite de l'ordre de Malte... ou l'aristocratie déchue bien crasse... Amélie semble faire le lien entre dissociation, médiumnité et création artistique, un triptyque que j'ai tenté d'exposer dans la capsule de NoyauDur n°17 intitulé : "Le Mystère MOZART / Poupée illuminée mais brisée"




samedi, septembre 05, 2026

The Secret of the Golden Flower




Introduction et contexte historique

  • La pratique de "Turning the Light Around" (retourner la lumière) est une méthode ancienne de méditation chinoise visant à réaliser la conscience originelle.
  • La tradition du Livre de la Fleur d'Or (The Secret of the Golden Flower) se fonde sur une transmission spirituelle ayant traversé plusieurs écoles taoïstes et bouddhistes, notamment via des figures légendaires comme Lu Yan.
  • La méthode consiste à se libérer des identifications superficielles pour atteindre la conscience primordiale, au-delà des constructions mentales conditionnées.
  • La traduction occidentale de Wilhelm, souvent altérée ou erronée, a limité la compréhension claire de cette pratique ancestrale.

Principes fondamentaux de la pratique

  • La fleur d'or symbolise l'éveil spontané de la conscience intérieure, transcendant pensée et imagination, reliant taoïsme et bouddhisme.
  • La méthode principale ne nécessite aucun rituel ni matériel, simplement une attention concentrée sur la racine de la conscience, en utilisant la respiration et la focalisation mentale. 
  • La pratique consiste à inverser le flux de l'énergie mentale, à tourner la lumière intérieure vers sa source, ce qui permet l'ouverture, la stabilisation et l'activation de la conscience vraie et de l'énergie primordiale.
  • La conscience pure (lumière de l'essence) doit être distinguée de la conscience conditionnée (lumière de la conscience), cette dernière étant une manifestation temporaire et relative. 

Techniques et processus pratiques 

  • La concentration respiratoire, notamment l'attention sur l'inspire et l'expire subtils, est un support clé pour calmer et stabiliser la conscience. 
  • La pratique implique de suspendre le récit mental, de réduire les pensées aléatoires, de fixer la conscience à la racine et d'observer l’émergence de l’énergie intérieure. 
  • La méthode distingue deux niveaux de lumière : la lumière de l'essence (innée, non manifestée) et la lumière de la conscience (activée, relative). La fusion de ces deux aspects mène à la réalisation de l'énergie intérieure éternelle et à l'immortalité. 

Les erreurs et obstacles dans la pratique 

  • La pratique peut échouer si l'on se laisse emporter par des images ou des sensations non maîtrisées, ou si l'on confond instructions symboliques avec la réalisation véritable.
  • La dérive vers un attachement à l’image ou à l’état intérieur mène à la stagnation ou à la confusion mentale, empêchant la réalisation de la conscience originelle. 
  • Il est crucial de distinguer la concentration mécanique de la prière ou du rituel avec la véritable ouverture de la conscience.
  • La pratique doit éviter à tout prix la fixation obsessionnelle ou la fixation sur des images, croyant à une automythification de l'éveil.
  • La mise en garde contre la confusion entre « cessation » et « arrêt » est essentielle pour ne pas tomber dans le nihilisme ou la passivité.

Expériences authentiques et indications 

  • Les expériences véritables incluent une sensation d'harmonie intérieure, la vision lumineuse, la stabilité de l’énergie, la dissolution des désirs et des passions, et des perceptions au-delà des illusions.
  • La réalisation se manifeste par un sentiment de légèreté, d’expansion, de calme profond, et par la capacité à naviguer librement entre différents états psychiques sans en devenir prisonnier.
  • Observer et authentifier ces expériences nécessite une discipline intérieure et un maintien constant de l’attention.
  • La pratique régulière, le maintien de l’état de stabilité, et la capacité à « retourner à la racine » (revenir à l’état originel) sont essentielles pour le progrès suprême. 

Implications pour la psychologie et la médecine moderne

  • La méthode peut être appliquée à la thérapie pour aider à retrouver le centre de la conscience, maîtriser la fluctuation des humeurs, et favoriser la stabilité mentale. 
  • La distinction entre l’esprit originel (purement conscient, libre) et l’esprit conditionné (impliqué dans la pensée, la passion, l’attachement) est centrale pour une démarche de libération intérieure.
  • La pratique fournit une approche non dogmatique, universelle, et adaptable aux contextes modernes, permettant aux individus de retrouver leur autonomie et un discernement profond. 
  • La vigilance à l’égard des dangers du culte, de la fixation et de la fascination pour les contenus de l'inconscient est soulignée pour garantir la sécurité de la pratique.
  • La conscience du potentiel intérieur, la capacité à assurer la stabilité de la lumière véritable, et la possibilité de guérir ou de transformer les troubles psychiques par la pratique méditative sont mises en exergue.

Conclusion 

  • La tradition du Livre de la Fleur d'Or (Golden Flower) est un enseignement à la fois simple et profond, susceptible d’éclairer la voie vers l’éveil intérieur.
  • La pratique authentique ne repose pas sur des rituels, mais sur la maîtrise de l’attention, l’intégration de l’énergie, et la réalisation du soi intérieur sans fixations ni illusions.
  • L’application dans le cadre moderne doit respecter la simplicité de la méthode tout en évitant les formes superficielles ou les déformations cultuelles, afin de révéler la nature essentielle de l’être humain.
  • La recherche de l’unité intérieure, la vision directe de la conscience originelle, et la capacité à réinvestir cette sagesse dans la vie quotidienne constituent le cœur du chemin enseigné par le Livre de la Fleur d’Or.

Résumé réalisé par l'IA


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Note :

L'expression « retourner la lumière » fait référence à l'exercice du bouddhisme Chan consistant à se tourner mentalement vers la source de la conscience.

(...) certains passages du texte original ont pu se prêter à une lecture suggérant l'usage de postures physico-mentales spécialement conçues pour favoriser la maîtrise de l'attention. Mais ces postures ne servaient qu'à fournir un ancrage temporaire à l'esprit pendant qu'on tournait le regard en soi vers la source de la conscience. Ce qui est loin d'être la même chose que la technique de la circulation de l'énergie de la pratique taoïste. En soulignant le caractère purement mentale des plus sublimes expériences qu'on éprouve « dans le cœur », le texte place clairement le spirituel au-dessus du physique, à l'instar du bouddhisme Chan et de la branche nord du taoïsme du Totalement réel. [...]

Quand la lumière est « retournée » et dirigée vers sa propre source, l’esprit se dégage de l'influence de l'environnement et des facteurs psychologiques. Avec entre autres pour conséquence que l'énergie physique est conservée et purifiée, du fait qu'elle n'intervient plus de manière conflictuelle dans les états intérieurs ou extérieurs.

(L'esprit originel est) un état mental libre de l'influence du conditionnement temporel. (C'est aussi) être au-delà de tous les états méditatifs provoqués.

A l'époque moderne, les adeptes du zen et du taoïsme sectaires ont eu tendance à mettre surtout l'accent sur la méditation assise, bien que les maîtres de la tradition aient souligné que l'attachement à l'immobilité peut avoir de graves inconvénients, tant au plan mental que physique. Si l'on s'adonne à la pratique du « retournement de la lumière » que dans certaines conditions ou au moyen de postures spécifiques, on risque de ne pas savoir l'intégrer complètement au quotidien, ce qui peut éventuellement entraîner une sorte de scission de la personnalité.

L'Esprit Originel et l'Esprit Conscient

La distinction entre l'esprit originel et l'esprit conscient est l'une des idées les plus importantes de la psychologie taoïste. L'esprit conscient est historiquement conditionné ; l'esprit originel est l'essence même de l'intelligence (intelligence au sens étymologique d'entendement, faculté cognitive). L'esprit conscient correspond à un ensemble de modifications de l'intelligence primordiale, l'esprit originel représente l'essence de cette intelligence première. Une essence qui « transcende l'organisation primordiale », ce qui signifie qu'elle est par nature encore plus fondamentale que les grands types de modification pouvant affecter la conscience. Traduit en termes jungiens, cela veut dire que l'essence de l'esprit originel est au-delà des archétypes de l'inconscient collectif. Jung lui-même n'a pas apparemment poussé le raisonnement jusque-là et, et d'un point de vue taoïste, on pourrait lui reprocher de n'avoir pas su faire la distinction entre l'esprit conscient (qui inclut « l'inconscient » jungien) et l'esprit originel.

La vitalité, l'énergie et l'esprit constituent la triade fondamentale de l'être, connue en termes taoïstes comme les « trois trésors » du corps humain. Seul l'esprit est considéré comme fondamental selon l'immortalisme spirituel d'un néo-taoïsme bouddhisant qui tend à minimiser les pratiques physiologiques de l'ancien immortalisme alchimique.


lundi, août 24, 2026

Mauro Biglino & Paul Wallis. Une autre histoire de la Bible

 

Depuis des centaines et des milliers d'années, les gens du monde entier se tournent vers la Bible pour obtenir des informations sur Dieu. Deux spécialistes, Mauro Biglino et Paul Wallis, défendent une interprétation radicalement différente. En recherchant la signification profonde des mots clés de ces textes anciens, ils constatent qu'une autre histoire tout à fait différente se dessine ; une histoire aux implications énormes pour notre compréhension de la race humaine et de notre place dans l'univers. Pendant plus de deux millénaires, les lecteurs ont interprété les textes anciens de la Bible comme des histoires de Dieu, un récit sans faille dans lequel Dieu crée les cieux et la terre, la vie végétale et animale et, finalement, la race humaine. Cependant, un certain nombre d'anomalies dans les textes, ainsi que d'intrigantes questions de traduction, laissent entrevoir une autre possibilité.

(Durée 37:22)

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Jay Anderson :

Mauro Biglino est un traducteur biblique italien, auteur et chercheur, surtout connu pour son travail de traduction des anciens textes hébreux pour Edizioni San Paolo, l’une des principales maisons d’édition catholiques d’Italie sous l’autorité du Saint-Siège.

Après avoir passé des années à travailler directement avec les écritures hébraïques massorétiques originales, Biglino a commencé à affirmer publiquement que de nombreuses interprétations théologiques traditionnelles n’étaient pas étayées par le texte littéral lui-même.

Ses recherches l’ont conduit à proposer une thèse hautement controversée : que la Bible ne décrit peut-être pas des interactions avec un Dieu spirituel unique et tout-puissant, mais plutôt des rencontres entre l’humanité et un groupe d’êtres physiques désignés sous le nom d’Élohim.

Ces idées ont suscité un débat intense et ont transformé Biglino en l’une des figures les plus discutées et controversées de la recherche biblique moderne.


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Mauro Biglino :

La partie plus ancienne de la Bible est essentiellement un livre d’histoire qui narre les origines de l’humanité et les péripéties successives d’un peuple qui a établi une relation/alliance avec l’un des Elohìm. 

L’homme est le fruit d’une hybridation génétique ; cette hybridation génétique a été effectuée par des individus physiologiquement similaires à nous, mais dotés de connaissances et de technologies incomparablement supérieures ; 

– ces individus étaient connus sous divers noms et regroupés en hiérarchies : selon les rôles occupés, ils sont définis en tant qu’Elohìm, nephilìm, Anakin, Emim, Zamzummim, Malakìm, Rephaim, Baal dans la Bible ; Anunnaki, Igigi, Dingir par les Sumériens ; Ilu par les Akkadiens ; Neteru par les Égyptiens ; et Viracochas par les cultures méso-américaines ; 

– loin d’être considérés comme des dieux, ils suscitaient en réalité, à l’origine, un respect et une soumission qui n’étaient dus qu’à leur grand pouvoir ; 

– il est certain que leur longévité était supérieure à celle des terrestres, mais ils n’étaient absolument pas immortels ;

– leur but était de produire une race de travailleurs/serviteurs qu’ils utiliseraient ; 

– ils ne s’occupaient pas de sujets tels que la religion dans le sens moderne du terme, la spiritualité, l’Au-delà et autres, mais avaient comme objectif fondamental de définir des structures de pouvoir réparties sur différents territoires où se sont ensuite développées diverses civilisations ; 

– ils ont veillé à faire culturellement évoluer cette nouvelle race hybride (Homo sapiens) à travers la diffusion contrôlée de connaissances de nature civile, juridique, agronomique, astronomique, mathématique, architecturale, littéraire, politico administrative, artisanale et globalement technico-scientifique ; 

– les anges dont parle la religion traditionnelle étaient en réalité des messagers ordinaires en chair et en os qui avaient pour mission de servir d’intermédiaires et de surveiller la nouvelle espèce ; 

– l’Ancien Testament représente souvent la synthèse de récits sumériens qui s’avèrent beaucoup plus précis et circonstanciés ; 

– l’Ancien Testament a été écrit par un peuple qui était selon toute probabilité de descendance sumérienne ...


dimanche, août 23, 2026

LA CREATION ET L'ACCIDENT

 

Il semble qu'au commencement de l'Univers manifesté, il y ait deux principes de manifestation qui se soient croisés : un principe masculin, le Père, et un principe féminin, la Mère. Il en a résulté un processus de création que l'on peut exprimer ainsi : l'esprit créateur originel le Père, a fécondé l'énergie vierge universelle, la Mère.

Cet esprit - ou encore ce souffle - est un feu, une puissance qui énergétise la matière passive de l'étendue universelle. Ainsi, quand le souffle de l'Esprit s'immerge dans la substance universelle, cela forme un cercle, délimite un espace, et un cosmos en germe apparaît.

Dans un premier temps, le souffle de Dieu délimite un cosmos, mais il le délimite dans la matière universelle infinie. Dans ce cosmos originel, on va retrouver tous nos univers, toutes les constellations, mais ce n'est qu'un univers délimité dans la grande mer universelle - qu'on appelle la Vierge, en Occident, et la Mère Divine, en Orient.

Dans cet espace ainsi délimité, le processus de création commence à se manifester en sept phases, depuis la plus élevée, la phase spirituelle ultime, jusqu'au septième aspect qui est plus formel et dense. Ce septième plan a un aspect quasi physique mais il se situe encore dans la matière universelle. II ne s'agit donc pas de la matière telle que nous la connais sons. C'est un système extrêmement lumineux et complexe qui abrite des êtres transcendants; c'est la manifestation qu'on appelle le « Fils ».

Quand un univers se manifeste par fécondation du Père Divin et de la Mère Cosmique, sa lumière intense projette une ombre - en fait, une lumière moins intense, comme l'envers de la manifestation du Fils - qui est la réalité illusoire dans laquelle nous sommes maintenant. On appelle cette ombre du divin la lumière de Lucifer. On dénomme le grand cosmos qui a été créé, le Fils, Christ, et son ombre, Lucifer. Le nom « Lucifer » signifie « porteur de lumière » car c'est une ombre lumineuse qui s'étend à travers l'espace universel. Il y a donc deux mouvements simultanés : l'un, vertical et l'autre qui est horizontal, l'ombre portée du divin.

Ces créations, émanées depuis l'Absolu, vont peu à peu devenir conscientes. Elles vont passer par un processus d'évolution
divine qui va les lancer dans une grande aventure à travers les
sphères célestes.

Comme la liberté est la règle dans l'univers, il arrive que ces
processus soient dévoyés par des dieux qui sont eux-mêmes
impliqués dans ce périple d'évolution divine et qui ont la
liberté de se diriger comme ils l'entendent.

Ils sont, en fait, des idées de Dieu. Une idée de Dieu est un
dieu. Et c'est un dieu pour l'éternité. Donc, si nous avons en
nous un atome de Dieu, nous sommes indestructibles pour
l'éternité. Même si l'on doit passer par un million d'incarnations. Sauf accident, car il y a des périodes cosmiques où le processus d'ascension divine stagne et se bloque dans une impasse spatio-temporelle.

La chute des Dieux

Les êtres qui n'ont pas réussi à remonter vers l'évolution divine ascendante sont condamnés à la refonte dans la mer universelle, ce qui s'appelle la «damnation éternelle», l'anéantissement final. Cela signifie que leur atome spirituel est dissout dans la matière universelle. C'est fini pour eux. La chance qu'ils ont eue de parvenir à l'individuation, de réaliser leur être éternel, cette occasion est perdue, parce qu'ils ne l'ont pas saisie après des millions d'années d'opportunités. Ils étaient libres au départ. Des millions d'années leur auraient permis de choisir s'ils voulaient dire oui ou non à la grande aventure divine. Mais ils se sont perdus dans l'involution formelle.

On dit que dans cette régression involutive, il y eut un processus d'interférence causé par l'esprit du dieu Lucifer. Les hiérarchies de Lucifer gèrent un domaine d'extension vers l'extérieur du cœur central des univers, vers ce qu'on appelle le monde des abîmes, l'extérieur du monde divin, alors que le dieu Christ demeure cosmiquement fixé au centre du monde divin qui vient d'être créé.

Lucifer, quant à lui, exprime l'énergie centrifuge qui va le plus loin possible vers l'extérieur, qui s'extériorise, qui s'éloigne du centre, donc du centre divin. Et l'esprit de Lucifer, l'ombre portée du divin, se dirige vers des zones dangereuses car ce sont des secteurs où des processus incontrôlables peuvent se manifester. Lucifer agit avec sa libre volonté, son libre-arbitre, mais il en abuse, entraînant les dieux de la vague de vie humaine. Il les influence en leur disant : «avec moi, vous allez bénéficier d'un processus accéléré pour devenir des dieux adultes et libres».

Lucifer est donc quelqu'un de très bon qui veut accélérer l'évolution des dieux vers la conscience de leur individualité immortelle. Il a lancé une information puissante et lumineuse qui s'est répandue comme une traînée de poudre dans le groupe des dieux dans l'enfance qui est la vague de vie humaine, celle à laquelle nous appartenons, parmi d'innombrables autres vagues de vie. C'est une vague de vie qui devait passer par le chemin d'évolution ascendante pour atteindre les mondes archi-divins, puisqu'elle était constituée de créatures divines au départ. Ces êtres émanés de Dieu, de l' Absolu, de la source universelle, devaient devenir des dieux conscients, auto-réalisés, capables de créer également de nouveaux cosmos pour accroître sans fin la magnificence universelle ...

Nous sommes donc des dieux, à l'origine. Mais ces dieux ont dévié à cause du libre arbitre. Ils ont choisi une voie qui semblait plus facile. Comme le dit Krishnamurti dans un entretien avec le scientifique David Bohm «l'humanité s'est écartée de la source par désir de facilité et de confort». Il en conclut, à l'instar de la doctrine bouddhiste originelle, que c'est ainsi qu'est apparue la souffrance. Notre univers actuel serait donc un courant de vie qui a dévié. En aucun cas ce courant découlerait d'une évolution régulière comme le prétendent les doctrines évolutionnistes. C'est un détournement, une chute, un accident cosmique.

Lucifer a lancé une impulsion téméraire - quoique sans doute utile d'un point de vue supérieur - pour accélérer l'évolution divine. Ce faisant, il a généré une terrible perturbation dans les systèmes des dieux dans l'enfance. Les âmes originelles sont des idées divines, ayant, comme structure de base, une trinité de forces qui est pur amour, pure intelligence et pure volonté. Nous disposons encore de ces centres moteurs, à l'état latent, mais au départ ils fonctionnaient dans toute leur puissance. En se rompant, ces forces titanesques ont déclenché une explosion atomique cosmique, avec une série de réactions en chaîne. Alors, les entités du circuit de la vague humaine ont été emportées dans cette catastrophe. 

Dans son livre le "Silmarillion", Tolkien a eu une bonne intuition à ce sujet. Au début, il montre le chœur des anges occupés à chanter dans l'harmonie. A un certain moment, l'un d'eux s'est mis à chanter différemment. Il a déraillé et il a fait dérailler celui d'à côté qui s'est aligné sur la fausse note, et ainsi de suite, de proche en proche, jusqu'à ce que tous tombent dans la cacophonie. On décrit le processus de contamination ayant causé la chute originelle par une discordance à laquelle tout le monde s'est fié. La jeune vague de vie divine, n'étant pas encore individualisée, a alors perdu conscience et elle est tombée dans la confusion. C'est cela la mythique révolte de Lucifer. La vague de vie humaine s'est alors trouvée mal en point car son système énergétique, son système atomique, qui était encore dans l'enfance, a été perturbé.

La déflagration atomique nous a fait perdre l'un de nos trois noyaux. Ce serait, paraît-il, chez les hommes le noyau féminin, et chez les femmes, le noyau masculin. C'est difficile à affirmer car, quand on se réincarne, on change fréquemment de sexe. Ainsi, il y aurait eu une sorte d'explosion nucléaire sur les plans métaphysiques et c'est cela qu'on appelle « la chute de l' homme ». Une catastrophe cosmique serait arrivée parce qu'un dieu, Lucifer, aurait voulu accélérer le processus de croissance de la jeune humanité. Il aurait voulu trop bien faire.

Le plan de sauvetage des âmes

Bien entendu, comme c'est l'Amour qui domine, il n'y a pas de condamnation, pas de châtiment. Mais aussitôt, s'est mis en place un plan de sauvetage qu'on appelle «intervention du Christ cosmique», le «Fils de Dieu», la flotte extraterrestre pourrait-on dire, qui s'est chargée d'accompagner et de récupérer la vague de vie égarée. 

Les êtres divins de l'origine se sont abîmés ... Ils sont comme des enfants qui se seraient grièvement blessés en jouant. Dans un tel cas, la mère accourt aussitôt. Elle a déjà tout le schéma de secours en tête, le SAMU, l'intervention chirurgicale ... elle voit tout le déroulement... mais, dans l'immédiat, il faut retourner l'enfant et le secouer pour lui faire cracher le caillou ou le poison ; et, d'instinct, la mère s'y emploie sans retard. Pour nous, c'est la même chose : le plan de secours était tracé dès l'accident, et tout finira par être rétabli, mais pour ce faire, il fallait accompagner l'humanité dans sa chute, c'est-à-dire dans le temps et l'illusion extérieure. Elle était déjà happée par le temporel, et tombée dans l'inconscience : les dieux ont sombré dans l'inconscience. Et ils sont devenus comme des esprits tourbillonnant de manière anarchique dans l'espace. On peut imaginer de belles sphères de lumière, tournoyant dans l'inconscience, et qui sont en train de s'éteindre progressivement en descendant vers l'obscurité cosmique.

La formation de notre terre

Des hiérarchies divines supérieures ont alors été appelées à la rescousse : ce sont les Elohim nommés «Seigneurs du feu» ou «Seigneurs de la Flamme ». Dans la Bible hébraïque leur nom est indiqué, mais dans la traduction française, il ne l'est pas. Dans la Bible ordinaire on peut lire «Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre». Dans la version hébraïque, on a le mot «Bereschit» qui signifie «Fils de la Flamme» ou «Fraternité du feu» (bar-esh). Il faut comprendre qu'il s'agit d'une hiérarchie et non d'un Dieu abstrait; c'est une hiérarchie d'êtres très évolués qui vient au secours et qui se dit : «nous allons les devancer, descendre devant ces égarés et leur préparer un nouveau cosmos, une maison pour les recevoir». Ce cosmos adapté à notre état, c'est l'univers visible et ses dimensions suprasensibles.

Certaines hiérarchies sont apparues pour construire un système solaire, d'autres pour former un corps en remplacement de notre personnalité originelle, et d'autres encore pour réimplanter en nous un principe d'individualité, etc. Diverses hiérarchies se sont succédées pour créer un monde temporaire de substitution, et cela s'est déroulé sur des périodes infinies. On trouvera cette description commentée point par point dans la "Cosmogonie des Rose-Croix" de Max Heindel, au chapitre sur les sept jours de création. Chaque «jour» dure des millions d'années et à chaque fois, les hiérarchies spirituelles se succèdent. Tout s'accomplit grâce à des intelligences supérieures, et rien n'existe qui n'ait été créé par ces intelligences. C'est une vision spirituelle de l'Univers ; tout est vivant et partout il y a de l'intelligence au travail.

Pour permettre aux dieux déchus que nous sommes de reprendre conscience, on a créé l'actuel système solaire. Et, particulièrement pour la vague de vie à laquelle nous appartenons, l'incarnation se déroule sur une planète qui est de la substance densifiée par les Elohim. D'abord, les âmes ont été rassemblées sur une planète immatérielle et, progressivement, tout a été énergétisé et s'est solidifié jusqu'à la cristallisation matérielle. Nos âmes en ont émergé, mais une planète solide est restée, telle une sécrétion de nous-mêmes ; comme un mollusque qui fabrique sa coquille, notre suintement énergétique est devenu la carapace terrestre. Aucune création ne sort du néant. La terre entière et ses espèces sont originellement issues de notre vague de vie. Le monde est une concrétisation de nos émanations. Les règne minéral, végétal et animal sont issus de l'homme. C'est pourquoi la Bible relate que «Dieu présenta à l'homme tous les animaux pour qu'il leur donne un nom». Donner un nom à une chose, c'est être son créateur. Quand on donne un nom à une créature, on la connaît déjà. On la reconnaît comme un aspect de soi car seul le semblable connaît son semblable. 

Nous sommes encore potentiellement des dieux mais dans un état inversé par rapport à l'origine. Notre être réel a été projeté dans la nature, totalement extériorisé, comme démantibulé. Nous possédons un corps, de l'énergie, mais qui dépendent entièrement de l'alimentation extérieure. Nous avons une conscience, mais aucun pouvoir réel. Il faut extraire des forces extérieures pour survivre. Nous subissons les contingences, la décrépitude et la mort. Nous constatons que la nature nous tient sous sa loi.

On reconnaît les espèces vivantes, les fleurs, on reconnaît la beauté, parce que tout cela émane originellement des qualités de notre âme, et que ce sont des créations qui se sont manifestées à travers nous. 

Le minéral est venu tardivement. Lorsque nous avons commencé à nous incarner sur la dimension éthérique, nous n'avions pas de corps. Nous étions des concentrations vaporeuses non élaborées. La planète était constituée d'une vapeur gazeuse éthérique. Les hiérarchies élohimiques l'entretenaient comme un jardin, la réchauffaient de leur chaleur spirituelle pour lui donner de la cohésion. Ce n'est pas nous qui avons mis tout cela en forme, car nous étions dans l'inconscience à la suite de la catastrophe originelle. Nous avons seulement fourni les modèles. Tout a été mis en forme par les hiérarchies élohimîques. C'est ce que relate le mythe des sept jours de la création.

Une première période s'est écoulée dite "période polaire". Par le Pôle Nord spirituel, les âmes ont commencé à se manifester sur la terre dans une première civilisation. Cette civilisation existait sur la dimension éthérique. C'était une civilisation encore subtile et éthérée, très pure. Les âmes n'étaient pas encore conscientes mais elles commençaient à s'éveiller du sommeil de mort consécutif à la chute, car elles se retrou vaient dans un monde où elles pouvaient se mouvoir à nou veau. Cela redevenait cohérent. La vie retrouvait un ordre. La planète commençait à ressembler à une demeure habitable, à l'image du cosmos que les âmes avaient connu dans les mondes divins. 

Cette situation dura des millions d'années, puis il y eut la période dite hyperboréenne, située en dessous de la précédente, sur le plan de la densification, quoique de nature encore éthérée. Plus tard, apparut la période de la civilisation dite lémurienne où, par l'acquisition du corps astral - le corps du désir - nous avons développé les sentiments, les passions et le désir de nous mouvoir dans le monde.

Puis, vint la période atlantéenne où nous avons acquis le mental, le pouvoir de penser, quoique de manière rudimentaire. Aujourd'hui, nous sommes dans la période dite aryenne où nous disposons de quatre corps formant notre personnalité : le corps physique, le corps éthérique, le corps astral, le corps mental, auxquels s'ajoutent trois aspects spirituels qui ne sont pas incarnés-la monade supérieure. Ainsi, nous avons en nous les sept plans, nous avons donc la capacité de retrou ver une conscience multidimensionnelle. Mais il faut une mutation, un saut évolutif.

La structure de l'Univers

Le problème est que nous nous trouvons actuellement dans la zone la plus extérieure des univers, c'est-à-dire dans le 7e univers. Nous y sommes descendus progressivement depuis notre chute du 6e univers, celui dans lequel nous avons été créés originellement en tant que dieux. Ce sont des dimensions qui s'interpénètrent, bien sûr. 

Il y a un univers central dont personne n'a jamais entendu parler. Il est impossible de savoir ce qu'il est. Un deuxième univers entoure le premier, personne n'a jamais su ce qu'il est. Un troisième univers, plus large, un peu plus dense, correspond à une dimension dont personne ne peut rien savoir. Il y en a un quatrième dont personne ne sait rien non plus, un cinquième dont on ne sait rien du tout. Enfin, il y a un sixième univers, celui que l'on connaît par les dieux sauveurs qui en sont descendus. C'est celui d'où l'on a émergé - d'où nous sommes tombés - pour nous manifester dans la forme actuelle. Il faut voir ces dimensions comme s'interpénétrant, depuis la source de l'Univers interne jusqu'à notre univers extériorisé.

Et puis, il y a le septième plan cosmique dans lequel nous nous trouvons actuellement, et dont nous avons touché le fond par l'incarnation physique. Si l'on considère ce 7e univers, le plus extériorisé, il est constitué d'un plan physique, d'un plan éthérique, d'un plan astral, etc. Il est donc lui-même constitué de sept dimensions. Tant l'occultisme que le spiritualisme habituel, et toutes les formes de disciplines soi-disant d'éveil ne conduisent qu'à différents niveaux de ces sept dimensions du 7e univers. Généralement, l'initiation occulte ne conduit qu'au plan astral ou éventuellement au plan mental où certaines basses hiérarchies spirituelles ont leur centre de puissance. 

Les six univers supérieurs jusqu'au septième restent inaccessibles et sont inconnus des plus grands voyants du passé comme du présent. D'après les clairvoyants spirituels de haut niveau, c'est à cette frontière que commencent les univers inconnus.

C'est pour cela que le travail libérateur consiste à s'élever dans le 6e univers - c'est ce qu'on appelle «passer la frontière» - la grande frontière des dieux de l'Orient spirituel, le fleuve Euphrate dans le "Livre de l'Apocalypse".

C'est donc à partir du 6e univers que les vaisseaux rédempteurs sont envoyés dans le 7e univers afin d'y rechercher les âmes et organiser la transmigration, le retour à l'univers interne. Dans le mythe chrétien originel, le Christ représente un dieu descendu de cette dimension divine pour opérer un travail de rédemption dans une dimension étrangère, la nôtre. C'est en raison de cette provenance qu'on le dit pur, né d'une vierge, et qu'il n'a pas connu «le péché de la chute». Il est étranger parce qu'il ne vient pas de notre univers. C'est un dieu qui n'est pas compromis dans la situation scabreuse où nous nous trouvons. Pour un dieu, descendre dans ces zones-là est un sacrifice très pénible, d'où l'idée d'une crucifixion, d'une douleur extrême. Parce qu'il vient d'une dimension où règne la loi de l'Amour, pas «l'amour inconditionnel» des plaisantins du Nouvel Âge, mais l'Amour cosmique emprunt de justice et de vérité - la force de conservation et de cohésion universelle.

Les partisans du Nouvel Âge, qui se livrent à une propagande intense depuis 50 ans, ont fini par savoir, parce que Max Heindel l'a révélé, qu'il y a six univers au-dessus du nôtre. Mais cela doit demeurer secret. L'anthroposophie de Steiner se limite au 7e univers dont elle a décrit les mondes suprasensibles - plans astral, mental, bouddhique, atmique, etc. - mais elle ne fait pas mention du 6e. C'est Max Heindel qui commence à en parler, vers 1910. Il dit : «Il y six grands univers inconnus au-dessus de notre 7e dimension». 

Dans un premier temps, les tenants du Nouvel Âge se sont insurgés : «alors, cela voudrait dire que les grands sages et autres éveillés n'auraient connu que des illuminations de seconde zone, qu'ils auraient à peine atteint les faubourgs de la banlieue de l'univers ? C'est absurde et sacrilège !»

Alors, les clairvoyants de la mouvance théosophique et du courant d'Alice Bailey, au service des hiérarchies spirituelles rétrogrades, ont dit : «oui, il y a bien un sixième univers au-dessus du nôtre, mais c'est le monde du Mal cosmique». Affaire classée. Les occultistes qui ont fondé le courant du Nouvel Âge consi dèrent donc que la dimension divine au-dessus de la nôtre est le monde du Mal. C'est ce qu'ils enseignent, si on scrute les écrits du Nouvel Âge. Cela prouve que leur doctrine est une falsification politique, et qu'ils craignent que nous découvrions les issues ultimes vers les mondes intra-cosmiques. Ils veulent maintenir l'humanité dans les zones spirituelles inférieures sous le contrôle des basses hiérarchies dont ils défendent les privilèges séculaires. 

Actuellement, la plus grande préoccupation des forces occultes qui se sont organisées dans la 7e dimension et des dieux des basses hiérarchies, c'est que l'âme humaine ne sorte plus du circuit planétaire, d'où la propagande pour un monde meilleur, un Âge d'Or, etc.

La crise planétaire

Le plan divin consistait à créer un univers pour que les âmes se réveillent à travers les conditions pénibles de la vie terrestre, par la souffrance, par l'expérience de la mort. Mais hélas depuis longtemps, la zone planétaire est littéralement squattée par les vampires des hiérarchies parasitaires, et un autre problème se pose : les âmes ne peuvent plus remonter, elles restent bloquées dans les dimensions intermédiaires. Et là encore, il faut des interventions divines salutaires, beaucoup de temps, des millions d'années pour décoincer les situations, nettoyer les zones corrompues par les fraternités lucifériennes supérieures ainsi que par les puissances démoniaques inférieures. Dès lors, on ne doit compter que sur une accélération de la crise planétaire pour hâter la libération.


Ce qu'on appelle «conspiration satanique» est, finalement, une bénédiction puisque cela permet d'accroître les conditions insupportables de la vie terrestre, ce qui finira par nous éjecter du circuit de l'emprisonnement planétaire. Alors seulement, il pourra y avoir un réveil massif .

Le Christ, c'est l'agent cosmique qui effectue ce travail d'accélération de l'évolution. La fraternité du Christ, c'est-à-dire la flotte des vaisseaux rédempteurs, est venue il y déjà des millions d'années. Ces grands êtres ont dit : «ça dort ici-bas. On va accélérer tout ça». Ils ont enclenché le processus qui conduira à l'Apocalypse finale et, particulièrement depuis 2000 ans, ils ont dynamisé le monde moderne. «Allez, au travail, fils de vipères, ravagez tout, saccagez tout, créez une banque mondiale, un Nouvel Ordre Mondial, allez au bout de votre logique». « Ce que tu as à faire, fais le vite», dit Jésus à Judas.

Il fallait obliger Satan à sortir au grand jour. Et aujourd'hui, on commence à le voir. Le but de la grande fraternité qui tente de ramener l'humanité dans son monde originel, c'est d'accélérer l'histoire. Nous ne sommes pas dans une position qui consisterait à nous dresser contre l'évolution actuelle, mais nous ne sommes pas non plus en train de l'accepter comme le feraient les anthroposophes qui disent : «c'est l'évolution ! On plonge, mais tout va bien puisque c'est l'évolution». Non, il y a un moment où l'on se dit qu'il faut sortir de là le plus vite possible parce que plus le temps passe, plus ce sera difficile.

La question des extraterrestres

Dans la vague de vie humaine, certains ne sont pas descendus aussi bas que nous, ou bien sont remontés, et parvenus à une certaine période de l'involution ont refusé de descendre plus bas. Ils se sont installés sur d'autres planètes dans le système solaire ou hors du système solaire. Ils ont créé des civilisations sur des planètes physiques qui n'ont rien à voir avec la nôtre, et ils se sont très vite rétablis dans leur véritable nature spirituelle. Ils n'ont pas connu notre déchéance, notre obstination à nous accrocher, que ce soit de notre faute ou de celle des maîtres qui nous contrôlent, ce qui est la même chose au demeurant. Ils ont développé des civilisations technologiques positives à partir de « l'énergie libre », donc naturelles, sans explosion nucléaire, ou bien, s'ils ont expérimenté des énergies dangereuses dans une phase primitive de leur développement, cela est tellement ancien qu'ils en connaissent parfaitement les risques.

Les Pléiadiens et les Andromédiens sont dans une constellation de la frontière galactique. Les Pléiades et surtout Andromède, constellation extrêmement brillante, sont la porte d'accès des vaisseaux de la flotte rédemptrice connue dans le mythe judéo-chrétien sous le nom «d'archange Michaël». Ce sont des races très évoluées, des civilisations établies pour faire remonter les âmes vers les royaumes de l'univers interne. On essaie de diaboliser ces races extraterrestres. On les fait passer pour des «gris», des reptiliens, des monstres, des assassins, des vampires ... 

Actuellement, ces races humaines supérieures ont des problèmes avec les autorités terrestres, surtout depuis les expériences nucléaires, car la fission de l'atome est perçue comme un danger sur d'autres dimensions. Ces êtres très évolués se sont dit : «il faut aller voir ce qui se passe du côté du système solaire. On enregistre de gros problèmes là-bas, une onde malfaisante monte jusqu'à nous par la dimension éthérique». 

Car la fission de l'atome, c'est le viol de la pierre de fondation de la vie dans l'ordre naturel, et ils ont vu l'onde radioactive se propager. Ils sont montés dans leurs vaisseaux. Ils ont quitté leur planète par le pôle sud, ont pénétré dans le système solaire et ont pris la ligne d'attraction de la terre, se sont branchés sur elle, sont entrés dans son atmosphère par le pôle nord, et de là, ils circulent, sans énergie, portés par les courants cosmiques, car tout est lié dans l'Univers.

Bien qu'Einstein, l'affabulateur, ait prétendu que le vide régnait entre les planètes - ou plutôt que la science l'ait utilisé pour maintenir l'idée que c'était vide - c'est loin d'être le cas : l'espace est rempli de réseaux énergétiques, électromagnétiques, d'autoroutes éthériques. Ils ont donc suivi ces lignes-là et ils ont commencé à négocier avec les Américains et peut être même avec les Allemands qui étaient un peuple mentalement très avancé. Ils ont d'abord demandé aux Américains d'arrêter les expériences, mais ceux-ci les ont envoyés sur les roses.

D'autres races d'extraterrestres sont arrivées, plus politiciennes et rétrogrades, qui ont proposé aux Américains d'autres technologies, dénigrant les premiers visiteurs. Ceux-ci, les extraterrestres bienveillants, sont alors restés dans les parages de la terre pour nettoyer les déchets électromagnétiques et les scories psychiques que les hommes produisent. Ils jouent le rôle d'éboueurs de l'espace. Ils nettoient et neutralisent les pollutions les plus destructrices, sans relâche afin de protéger leur propre système de cette pollution qui s'accumule constamment dans le système solaire.

À bord de ces vaisseaux, se trouvent des races humaines hyper évoluées qui n'ont pas connu notre chute. Ils sont dans une autre dimension, sur le plan éthérique supérieur. 

Les dimensions s'interpénètrent. Notre but est de reconquérir notre conscience multidimensionnelle. Nous devrions être conscients dans les sept dimensions, or nous ne le sommes que sur une fine pellicule qui est notre fréquence actuelle. On nous fait croire que les dimensions subtiles sont des dimensions supérieures divines, or nous sommes déjà dans le monde suprasensible, ici et maintenant, entourés des basses hiérarchies qui nous pompent l'essence spirituelle de notre sang, avec les anges dévoyés et les entités spirituelles rétrogrades. L'être humain pourrait être conscient dans les sept dimensions. Il pourrait monter et descendre sur le fil de son âme. C'est cela la liberté des fils divins. Mais il faut d'abord réparer l'accident.

J. Labruyère

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COSMOGONIE DES ROSE-CROIX 
OU CHRISTIANISME MYSTIQUE

Traité élémentaire sur l'évolution passée de l'homme sa constitution présente et son développement futur par MAX HEINDEL.